EDF : de l'émotion à la raison
La question n'est pas de savoir quels seront les tarifs appliqués aux particuliers dans cinq ans, mais à quel prix EDF devra vendre son électricité aux autres opérateurs.
Beaucoup de bruit pour rien ! C'est ce qui résulte d'un prétendu "document de travail" dont la presse se fait l'écho ce matin, suggérant qu'EDF aurait expliqué aux pouvoirs publics qu'il lui faudrait augmenter les tarifs de l'électricité vendue aux particuliers de l'ordre de 30 % au cours des cinq prochaines années. Une information, heureusement, vite démentie par le Ministre de l'Industrie.
La question principale aujourd'hui, et celle qui déterminera en effet le prix de vente de l'électricité à tous les français d'ici quelques années, c'est de savoir à quel niveau les pouvoirs publics vont fixer "le prix de gros" auquel EDF va devoir revendre une partie de l'électricité produite par ses 58 réacteurs nucléaires. Le décret d'application de la fameuse loi NOME est à la signature et devrait être rendu public dans les jours qui viennent. Avec à la clé une bataille en coulisses menée de manière très active par les "nouveaux entrants" sur le marché de l'électricité, dont les balles perdues se traduisent en "faux scoops" comme celui publié ce matin.
Du côté d'EDF, on plaide depuis quelques mois pour un prix d'au moins 42 euros le mégawatt-heure, alors que Gérard Mestrallet, le P-dg de GDF Suez, a jugé "inacceptable" qu'un prix supérieur à 35 euros puisse être fixé. Si l'on se place un instant du côté de l'intérêt général, c'est-à-dire celui qui devrait prévaloir au moment de la signature du décret, après consultations des différentes parties prenantes, ce "prix de gros" n'est pas là pour faire plaisir à EDF, GDF Suez, X, Y ou Z. Il doit juste permettre à l'opérateur des 58 réacteurs français de produire de l'électricité sur la base de conditions économiques équitables, de conditions de sécurité optimales, de conditions d'investissement sereines et de conditions d'acceptabilité correctes par les particuliers. D'où l'importance de quitter de temps à autre le terrain de "l'émotion" pour revenir sur celui de "la raison".
Imaginons qu'un prix inférieur à 42 euros le mégawatt-heure soit retenu : EDF continuera à afficher un cash flow négatif sur ses activités hexagonales. L'opérateur des centrales nucléaires françaises, qui va devoir investir 35 milliards d'euros au cours des dix ou quinze années à venir (sans parler de nouvelles contraintes liées éventuellement à l'accident de Fukushima) pour permettre l'allongement de la durée de vie des réacteurs, n'aura pas d'autre moyen que de réclamer des hausses de tarifs aux particuliers.
A contrario, si le prix de gros est fixé à 42 euros jusqu'en 2015 puis à 45 euros, cela n'empêche en rien les autres opérateurs de revendre cette électricité avec une marge d'au moins 35 %. Cela permet à EDF de ne pas solliciter de hausses de tarifs. Cela lui donne les moyens d'entretenir ses centrales sans économiser sur le risque. Bref, cela lui permet d'exercer son rôle d'opérateur national au service de l'intérêt collectif, sans nuire à la libre concurrence. Et l'Etat, actionnaire à 85 % d'EDF a tout à y gagner ! Alors qu'attend-on ?
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17/09/2021 - 10:31

