Facebook, la poule aux oeufs d'or?
Les banquiers d'affaires affûtent leurs armes pour emmener la plus grosse IPO Internet de l'histoire. Mais au-delà du jackpot des fees, se pose la question de la capacité du réseau social à remplacer Google.
Sonner la cloche de Wall Street aux côtés de Mark Zuckerberg un matin de ce printemps 2012: voilà le rêve qui étrenne depuis de longs mois déjà les ténors des banques d'investissement de la bourse américaine. Les rumeurs se précisent, puisque l'on parle désormais d'un dépôt du prospectus d'IPO mercredi prochain, le sésame qui révèlera enfin tous les chiffres de cet empire du Web social.
L'issue de l'IPO ne laisse guère de suspense: Facebook ne mettra probablement sur le marché que 10 à 13% de ses titres, un effet de rareté qui devrait propulser le prix unitaire de l'action à des valorisations mirobolantes, 75 voire même 100 milliards de dollars. Pour l'instant, les banquiers rivalisent de pitchs alléchants pour convaincre les managers de leur accorder l'underwriting de l'opération et de figurer comme fameux "lead left", du nom de la banque figurant en haut à gauche du prospectus. Les Morgan Stanley, Goldman Sachs et autres Credit Suisse auraient même consenti à réviser leurs indemnités à 1% des montants levés, contre une moyenne de 4 à 5% pour les IPO de plus de 1 milliard de dollars et même de 7% pour de plus petits deals. Un juteux mandat quoi qu'il en soit, puisqu'il rapporterait quelque 100 millions de dollars aux établissements et assurerait au leader la première place des league tables 2012.
"Les institutionnels seront obligés d'être présents sur cette opération où il y aura peu de titres disponibles. Ils font le pari que Facebook sera le Google de demain, donc pas trop de risque qu'ils vendent juste après l'IPO et fassent chuter le cours, comme ce fut le cas pour Groupon", commente Virginie Lazès, directrice associée chez Bryan Garnier. A 100 milliards de dollars, Facebook serait valorisé un peu plus de 26 fois ses revenus 2011, contre 5 fois pour Google en 2004 et 17 fois pour Renren, le Facebook chinois entré en bourse en mai dernier et dont le cours a chuté de plus de 40% depuis. Un exploit qui confirmerait son statut d'icône du Web 2.0.
Pourtant, Facebook aura attendu le maximum avant de consentir à frapper à la porte des marchés: 8 ans, soit deux fois plus que Google avant lui. Jusqu'à présent, la société s'était contentée de ses levées de fonds en venture, puis a collecté l'an passé 1,5 milliard d'euros auprès des clients de Goldman Sachs. Un montage qui avait provoqué l'émoi sur le contournement de la loi américaine des 500 actionnaires, et avait dû être cantonné aux investisseurs non américains (cet impair pourrait d'ailleurs avoir coûté la place de bookrunner à la banque américaine, car Morgan Stanley serait sur le point d'obtenir le précieux mandat). Mark Zuckerberg s'est efforcé de focaliser ses équipes sur la mise au point de meilleurs produits, plutôt que sur la valeur de leurs actions en Bourse.
Cette stratégie a permis de justifier aujourd'hui une valorisation exponentielle de ce leader de marché. Mais elle pose pour certains la question de l'avenir de Facebook. Dans beaucoup de pays, le groupe touche 85% des Internautes et les 15% restants seront difficiles et coûteux à obtenir. "Facebook doit désormais s'assurer leur fidélité et développer le nombre de services et applications payants. Devenir la plateforme incontournable d'arrivée sur le Net à la place de Google, en somme", conclut Virginie Lazès. Une prouesse réalisée aux Etats-Unis, où elle dépasse désormais le mastodonte de Larry Page en parts de trafic.
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17/09/2021 - 10:31

