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Vivendi mise plus que jamais sur la refonte du paysage télécoms/médias

En forçant le trait sur Mediaset, le groupe français se met en ordre de marche pour être au coeur des mouvements qui s'annoncent. Il pourra compter parallèlement sur Telecom Italia et un jeu d'alliances qu'il organise dès maintenant, notamment avec Orange.
Vincent Bolloré
Vincent Bolloré

Mais où s'arrêtera donc Vivendi, résolument lancé à l'assaut de Mediaset ? Hier encore, un communiqué de la société annonçait que le groupe était maintenant décidé à monter jusqu'à 30% du capital de l'italien. Normalement, le seuil déclencheur d'OPA en Italie est fixé à 25%, mais dans le cas où la cible serait déjà détenue par un bloc de contrôle de fait (ce qui est le cas pour Mediaset, détenu par le holding des Berlusconi à hauteur de 35 à 40%), il est repoussé à 30%.

Déclaration qui a bien logiquement pour conséquence de doper le cours de Mediaset ce matin, lequel bondit de plus de 16%, la hausse sur 5 jours atteignant....55% (+80% sur un mois). Si Vincent Bolloré se dévoile ainsi, au risque de faire grimper le cours de Bourse de sa cible, c'est selon toute vraisemblance pour satisfaire les demandes des investisseurs prêts à lui vendre leurs titres. Car rappelons que l'homme d'affaires vient déjà de récupérer 20% du capital de l'entreprise en l'espace d'une semaine. Pour cela, il faut forcément arriver avec des arguments de poids pour les convaincre. Et pour passer de 20% à 30% il faut être encore plus persuasif !

S'il parvient à ses fins, il aura donc déboursé environ 1 milliard d'euros dans cet assaut éclair. Mais pourquoi vouloir atteindre le seuil de 30% qui ne lui donne pas la minorité de blocage et ne changera pas la position des Berlusconi résolument prêts, pour l'heure, à faire barrage au groupe français ? Au-delà de l'argument officiel, celui de confirmer sa détermination dans ce dossier (ce dont on ne doutait pas), c'est sûrement pour s'assurer qu'un autre investisseur, à la demande des Berlusconi, ne puisse s'immiscer dans l'affaire. C'est aussi pour mettre les actionnaires minoritaires de Mediaset devant leurs responsabilités : face à la baisse régulière du cours de Bourse (juste réveillé ces derniers jours par les déclarations de Vivendi), le repli des niveaux de rentabilité, les problèmes de gouvernance de l'entreprise, peuvent-ils rester sans rien faire ni réclamer ?

Arnaud de Puyfontaine et Vincent Bolloré comptent bel et bien sur cette situation de corner pour pousser finalement les dirigeants de Mediaset et son holding de tête à revenir à la table des négociations. Ils avaient misé sur la force de persuasion de l'un des conseillers, Tarak Ben Ammar, ami personnel de Silvio Berlusconi, pour faire avancer les choses. En vain. D'où la décision prise par Vincent Bolloré de passer en force. Ce dernier est-il aujourd'hui prêt à aller jusqu'à l'OPA ? L'idée est envisageable, même si les principaux intéressés ne la confirment pas.

Car ce qui ne fait aucun doute, en revanche, c'est la volonté du français de profiter des forces de l'italien pour bâtir un groupe aux atouts complémentaires. Et ce, dans le cadre d'un triptyque stratégique procédant de mouvements bien identifiés de consolidation, convergence et concentration. Vivendi veut, en effet, élargir son champ géographique. Or Mediaset est très présent en Italie, bien sûr, mais aussi en Espagne. Il veut également étendre sa production de contenus, ce que lui permettrait aussi l'italien. Côté convergence, il veut participer aux grandes manœuvres que ne manquent pas d'initier les telcos et les producteurs de contenus. C'est d'ailleurs également à ce titre que Bolloré, via Canal +, négocie actuellement avec Orange divers accords commerciaux mais également capitalistiques qui pourraient, pourquoi pas, se traduire par des échanges d'actions.

Quant à la concentration, ce mouvement dépasse le simple cas de Mediaset. Il est indéniable que le paysage actuel ne sera pas le même d'ici 5 à 10 ans. C'est bien pour cela que Vivendi à travers ses différentes filiales, comme Telecom Italia, entend participer activement à ce mouvement. Celui-ci risque d'être tellurique et ceux qui ne s'y seront pas préparés devront le subir avec le risque d'y perdre toutes leurs plumes. Car arrive un nouveau prédateur aux moyens gigantesques : les Gafa (pour Google, Apple, Facebook et Amazon). De quoi convaincre tout le monde de se mettre à table des négociations. Y compris Silvio Berlusconi ?


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