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Draghi regarde passer les trains

Le président de la BCE a pris bien soin de ne pas donner davantage de détails sur le nouvel OMT, afin de ménager la susceptibilité des allemands et de pousser l'Espagne à prendre ses responsabilités.
Les marchés, qui attendaient avec impatience la conférence de presse de Mario Draghi afin d'avoir quelques indices sur une éventuelle demande de l'Espagne, ont certainement été déçus. Car le président de la BCE s'est contenté de répéter mot pout mot ce qu'il avait déjà annoncé il y a un mois. Les perspectives économiques restent maussades avec une "croissance qui devrait rester très faible", et une reprise très graduelle. Ce qui laisse penser selon Carsten Brzeski, économiste chez ING, que la "BCE se prépare à une longue période de croissance située en dessous de ses objectifs" et qu'elle a plutôt l'air de miser sur ses mesures non conventionnelles pour faire repartir le moteur que sur une baisse des taux. Les membres du conseil des gouverneurs ont ainsi décidé de maintenir les taux inchangés. Le directeur de la Banque de Francfort a surtout répété que la BCE se tenait prête à lancer son programme de rachat de titres de un à trois ans pour des montants illimités. Mais à condition que les gouvernements prennent leurs responsabilités : "ce programme a deux jambes et ne fonctionnera que si les deux marchent", a-t-il martelé. L'Outright Monetary Transaction (OMT) ne pourra être efficace que si les Etats ont de leur côté mis en oeuvre les réformes budgétaires nécessaires. Et Draghi a d'ailleurs rappelé que si les autres mesures non conventionnelles avaient échoué (LTRO et SMP), c'était parce qu'elles n'étaient pas conditionnées à des efforts de la part des politiques nationaux. Concernant l'Espagne donc, la BCE a dessiné un parcours à suivre et la décision est désormais entre les mains du gouvernement Rajoy. "Pour le moment la BCE peut donc se reposer et se tourner les pouces", explique l'analyste d'ING. Le discours de Mario Draghi, pour le moins policé, traduit cependant une certaine prudence afin de ne pas froisser les principaux contributeurs du système monétaire européen : les allemands. Car comme l'a avoué le président de la BCE à demi-mot, la décision d'aujourd'hui a été prise à l'unanimité, sauf une voix. Si le président a défendu sa politique en soulignant qu'il n'était pas seul à prendre les décisions et que l'ensemble des gouverneurs approuvaient l'OMT, il reste qu'il devra ménager ceux qui représentent près de 20% du capital total de la BCE. D'autant que des membres du parti libéral démocrate FDP ont initié un recours auprès de la Cour de Justice européenne sur le programme de rachat de titres illimité, jugé contraire à l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'UE, qui prône le principe de "no bail out". Là encore, le président de la BCE a précisé que le rachat de titres sur le marché secondaire, à la différence du marché primaire, faisait partie de son mandat et était même cité dans l'article 18 du traité comme un possible instrument pour maintenir la stabilité des prix. Quoi qu'il en soit pour l'instant, l'OMT n'a toujours pas été activé et l'Allemagne peut encore souffler un peu, le temps que l'Espagne se décide à franchir le pas. Ce qui fait certainement partie également de la stratégie d'action de Mario Draghi: annoncer le plus en amont possible le programme de rachat (dès le mois de juillet, avec sa célèbre déclaration de Londres) afin de faire baisser les taux durablement, et ne faire intervenir la BCE qu'en ultime recours.
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