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Sur les marchés / Macro-économie
Trump et la croissance, douce illusion des marchés
Dans sa lettre d’investissement mensuelle chez Janus Capital, Bill Gross exprime sa « perplexité stupéfaite, voire presque amusée » face à ce que « les Américains se sont faits à eux-mêmes ». La défiance des américains est profonde puisque 72% d’entre eux estiment que l’économie est truquée au profit des riches et puissants. Pourtant, l’élection de Donald Trump et l’adhésion à son discours populiste ne seront pas la solution pour les chômeurs et les faibles salaires, et Bill Gross s’attache à l’expliquer. Comme s’il ressentait le besoin de rétablir la vérité, après tant de mois de raccourcis économiques et d’idées fausses.
Tout d’abord, les sociétés américaines n’affichent pas un des taux d’imposition les plus élevés du monde (35%) comme cela est souvent relayé, car la moyenne de ce taux au sein des sociétés du S&P 500 n’est que de 24%. Par ailleurs, cela ne sert à rien d’accorder une amnistie fiscale pour rapatrier leurs profits réalisés à l’étranger puisqu’en 2004, les 362 milliards de dollars qui en ont bénéficié ont servi à des dividendes, rachats d’actions et bonus, et non à investir dans l’économie. Les taux historiquement bas permettent d’emprunter pour de tels projets d’investissement, avance Bill Gross. Il ne faut pas compter sur les entreprises, qui affrontent déjà des difficultés (robotisation, surendettement, démondialisation etc) et se concentrent sur le bas du compte de résultat. Mais il revient plutôt à l’Etat de prendre leur place en se positionnant comme employeur pour des emplois au service des autres, plutôt que de baisser les impôts des entreprises.
Le problème est donc plus largement distillé dans l’économie car tant que la part de la main d’œuvre baissera au sein du PIB, les travailleurs de tous horizons se révolteront lors des prochaines élections, ce qui conduira à une limitation des échanges, de l’immigration et une baisse des impôts. Si bien qu’il faudra se satisfaire de rendements de 3 à 5%. « L’hégémonie de Wall Street et de la finance s’efface. Le lever de soleil populiste vient de pointer à l’horizon », conclut Bill Gros. Ce qui, dans le cas de Trump, ne fera que baisser la croissance.
S’il n’a pas un avis aussi négatif que l’ex-homme fort de Pimco, Lieven Jacobs, directeur de la gestion chez Quilvest AM, croit également que l’arrivée de Trump n’aura pas pour effet un rebond de croissance, comme les marchés semblent le parier en ce moment. « Etant toujours d’avis que les Etats-Unis sont dans ce qu’on appelle un « super cycle ». Nous estimons qu’avec l’élection de Donald Trump ce cycle sera cependant un peu plus court (encore 2-3 ans ?) que si Clinton avait emporté les élections. Notamment, l’effet multiplicateur sera moins important car sa politique économique sera moins centrée sur les PME ».
Cela constitue un vrai casse-tête pour la Fed, qui a renoncé à relever ses taux en septembre en raison de la volatilité liée au vote sur le Brexit. Les marchés ont pris les devants avec cette élection surprise, ont fait remonter les Treasuries de près de 40 pb en une semaine à peine et misent sur une politique de relance, avec des dépenses d’infrastructure et des baisses d’impôts, qui fassent rebondir la croissance et l’inflation. De quoi mettre la Fed en porte-à-faux, alors qu’elle a justement pour rôle de piloter la normalisation monétaire avec la reprise économique. « Avec le recul, on peut s’imaginer que la Fed regrette de ne pas avoir remonté ses taux en septembre. Le marché est clairement en train de considérer qu’elle est en retard sur la courbe des taux ».
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