Le chalet et le couloir d'avalanche
La décollecte brutale en matière d'assurance-vie montre que les français ont pris conscience qu'il ne faut jamais construire un chalet dans un couloir d'avalanche.
Pourquoi devrait-on s'étonner de la collecte négative subie par l'assurance-vie au mois de septembre, comme au mois d'octobre ? Alors que ce placement préféré des français a été soigneusement cajolé par les élus et placé à l'écart de toute mesure de rigueur ou de rabotage fiscal ! Pourquoi dans une période où la bourse inquiète, où les devises font peur, et où l'activité économique est morose, la sécurité intrinsèque à l'assurance-vie ne fait plus recette ?
Et si on se posait ces questions plutôt que de se lamenter sur des statistiques de décollecte qui vont se poursuivre et s'accentuer? La finance comportementale - bien plus en avance outre-Atlantique qu'en Europe - nous enseigne que les foules (au bon sens du terme) sont douées d'un bon sens qui préfigure toujours un mouvement de fond. Par exemple, ce n'est pas un hasard si les français épargnent 17 à 18 % de leur revenu disponible. C'est seulement parce que l'histoire et la connaissance de leurs systèmes sociaux leur ont appris à être méfiants sur la capacité de l'Etat-providence à tenir ses promesses.
De la même manière, à force de répéter que l'assurance-vie était le placement le moins risqué, car le plus largement investi en obligations d'Etats, les promoteurs de ces produits ont créé l'effet inverse qu'ils souhaitaient obtenir. Aujourd'hui, plus un français, aussi citoyen soit-il, n'a envie de confier ses économies à un Etat endetté à hauteur de 1.700 milliards d'euros, et qui emprunte pour payer ses propres charges d'intérêts. Ne parlons même pas des autres pays de la zone euro. Ceux qui ne sont plus triple A et dont on ne sait ce qu'ils vont devenir. Ou bien l'Allemagne, qui est le point d'ancrage du Vieux Continent, mais dont les Bunds procurent un rendement inférieur à notre bon vieux Livret A!
L'un de nos meilleurs économistes explique de manière aussi imagée et simple que prêter à l'Etat revient aujourd'hui à construire un chalet dans un couloir d'avalanche. C'est être certain de voir son épargne balayée, un jour ou l'autre. Nul ne sait quand, bien sûr ! Nul ne souhaite un tel cataclysme, évidemment ! Mais la logique économique et financière finira par s'imposer.
Et le plus curieux dans toute cette affaire, c'est que l'assurance-vie, qui regroupe pas moins de 1.480 milliards d'euros d'actifs gérés, est confiée à des experts en risques, des personnalités dont le métier est justement de savoir prendre du recul entre l'intérêt de l'Etat emprunteur et celui de l'assuré épargnant. A une époque où il n'a jamais été autant question du "principe de précaution", peut-être que les assureurs seraient bien avisés de suivre une session de rattrapage!
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17/09/2021 - 10:31

