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La Grèce risque de se faire rappeler à l'ordre lors de l'Eurogroupe
Si la Grande-Bretagne est désormais au centre de l’attention des Européens depuis le référendum du 23 juin, la Grèce devrait tout de même faire parler d’elle demain lors de l’Eurogroupe qui se tiendra à Bratislava. D’autant que la Grande-Bretagne ne sera pas présente et que les autres Etats n’ont officiellement pas prévu de parler du Brexit tant que Theresa May n’aura pas enclenché l’article 50.
Car le gouvernement Tsipras est en retard sur la plupart des réformes qu’il s’est engagé à mettre en place dans le cadre du troisième plan de sauvetage et qui conditionneront ses prochains versements. Rappelons que 26 milliards d'euros ont été débloqués en 2015 dans le cadre de la première tranche d'aide, puis de nouveau 7,5 milliards d’euros en juin dernier, après la conclusion de la première revue, sur les 10,3 milliards prévus dans le cadre de la seconde tranche ; 2,8 milliards sont encore prévus à court terme mais à condition qu'Alexis Tsipras démontre qu'il a mis en oeuvre les mesures exigées par Bruxelles. Le montant total de l'aide décidé en août 2015 lors de la validation du 3ème programme financier, représente 86 milliards d'euros et devrait s'échelonner jusqu'en août 2018, si le pays ne prend pas de retard. La Grèce a par ailleurs reçu 226,7 milliards d'aides du FMI et de l'Europe depuis le début de la crise de la dette, qui a débuté au printemps 2010.
Preuve du manque d’avancées du pays en termes de réformes et du peu de confiance des créditeurs dans la bonne volonté de la Grèce, c'est un Français qui a été nommé à la tête du nouveau fonds hellène chargé d'accélérer les privatisations grecques, en début de semaine. Jacques Le Pape, normalien, inspecteur des Finances, proche de Christine Lagarde dont il a été le été directeur adjoint de cabinet lorsque l'actuelle directrice générale du Fonds monétaire international était ministre de l'Economie, sera donc chargé de mener à bien la vente de nombreux actifs publics hellènes. En août 2015, la Grèce s'est ainsi engagée à privatiser 55 de ses entreprises, dans les deux mois suivant la signature de l'accord. Ce qu'elle est, plus d'un an plus tard, loin d'avoir achevé. Selon la déclaration du sommet de la zone euro du 12 juillet 2015, le fonds que le programme de privatisation devrait générer sera utilisé pour le remboursement de la recapitalisation des banques et d'autres actifs, la réduction du ratio d'endettement de la Grèce et les investissements du pays.
Les investisseurs n’ont visiblement pas confiance non plus dans la capacité du pays à retourner sur les marchés ; Athènes n’a pas émis de dette depuis deux ans maintenant, et ses obligations à dix ans sont celles qui ont le moins bien performé de toutes les dettes européennes depuis trois mois, selon l’indice World Bon Index de Bloomberg. Le rendement des titres à dix ans tourne ainsi autour de 8% soit un taux près de trois fois supérieur à celui des obligations du Portugal de même échéance, tandis que les titres allemandes ou hollandais à dix ans offrent de leur côté un rendement négatif ! Même les obligations chypriotes, également notées en catégorie spéculative, possèdent des taux deux fois inférieurs à ceux de la Grèce. Les titres du pays ne sont toujours pas éligibles au programme de rachat de dette de la BCE, et Mario Draghi ne devrait pas les inclure tant que la note de crédit des obligations ne sera pas relevée. Ce qui dépendra une fois encore de la capacité du pays à se réformer.
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