ADP : la bonne affaire de l'Etat
La mise aux enchères des titres ADP a permis à Bercy de fixer un prix plus élevé que celui du marché. Predica, déjà incontournable dans l'immobilier, affirme ses ambitions. Vinci pousse ses pions. Jusqu'où?
Comme attendu, ce sont bel et bien Vinci et la filiale du Crédit Agricole, Predica, qui se sont partagés les actions Aéroports de Paris (ADP) mises en vente par l'Etat. Contrairement aux autres opérations de cession, celle-ci a pris la forme d'une mise aux enchères. Au regard des précisions apportées par Bercy hier soir, on comprend mieux pourquoi. Malgré une hausse de près de 30% du titre depuis le début de l'année, les deux candidats ont accepté de payer une prime de l'ordre de 6% par rapport au cours actuel. Permettant ainsi à l'Etat de récupérer 303 millions d'euros de cette opération (le FSI en obtenant 435 millions).
Ce processus laisse effectivement l'opportunité aux vendeurs d'obtenir un prix de vente sans arrimage au cours de Bourse, contrairement aux ventes via la constitution d'un livre d'ordres. D'une manière générale, il est certes difficile de proposer un prix sans rapport avec la valorisation boursière, celle-ci relevant d'une confrontation permanente entre l'offre et la demande, supposée représenter un prix de marché incontestable. Dans le cas d'ADP, l'Etat savait toutefois que la demande était là et que cette entreprise est aujourd'hui prisée des investisseurs à la recherche de rendement régulier. En outre, elle entre parfaitement dans les stratégies de financement de projets d'infrastructures que développent singulièrement les grandes compagnies d'assurances, soucieuses de participer à l'accompagnement de projets tout en évitant les obstacles de Solvency II.
ADP est également un acteur stratégique pour des groupes comme Vinci, déjà très ancré dans le domaine des concessions d'autoroutes, de parcs de stationnement et aéroportuaires. Ce dernier avait d'ailleurs déjà 3,3% du capital de la société dirigée par Augustin de Romanet. Il en détient aujourd'hui 8% et compte bien peser de tout son poids dans la stratégie de l'entreprise. Comme l'indique la teneur de son communiqué où il précise notamment: " Vinci proposera à ADP d'engager des discussions, dans le respect des accords existants, en vue de partager leurs expertises respectives, en particulier dans les développements à l'international". Interventionnisme qui ne serait pas pour plaire aux syndicats d'ADP. Ceux-ci voient en effet d'un oeil circonspect la façon de faire de Vinci, notamment dans le domaine autoroutier. Reste à voir aussi si les ambitions de Vinci à l'international sont en symbiose avec celles de la direction d'ADP.
L'arrivée de Predica au capital du groupe aéroportuaire est en tout cas fort symptomatique de la stratégie menée depuis plusieurs années par le Crédit Agricole dans les collectivités locales, l'immobilier et les concessions, où il a investi 10 milliards d'euros sur la seule année 2012. Predica est déjà largement incontournable dans le secteur immobilier où il a tissé au fil des années un lien très étroit avec tous les plus grands acteurs du milieu. Il est ainsi actionnaire de toutes les foncières cotées à Paris de façon directe mais aussi indirecte, en ayant parfois acquis des titres de dette de certains acteurs. Actionnaire en outre de long terme, puisqu'il accompagne dans la durée tous ces intervenants.
Reste maintenant à savoir si le titre ADP va rapidement atteindre le prix que Predica et Vinci ont accepté de payer. Les analystes sont, d'une manière générale, assez positifs sur la valeur, compte tenu de la récurrence de ses revenus et de la rigueur de sa gestion.
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