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Essilor dans la tourmente

Le groupe a déçu la Bourse avec ses performances trimestrielles. En Europe, seule la France a fait bonne figure. Les investisseurs l'attendent maintenant sur sa capacité à lancer de nouveaux produits innovants.
A la Bourse, la sanction a été immédiate. Dès les premiers échanges, Essilor a perdu plus de 3 %. Les investisseurs lui reprochent deux choses. D'une part, une croissance trimestrielle inférieure au consensus. Le chiffre d'affaires se porte à 1,23 milliard d'euros, en hausse de 0,7 % à données publiées et de 3,1 % sur une base homogène. D'autre part, le leader mondial des verres ophtalmiques a abaissé son objectif de croissance annuelle de 7 à 6 %. En août dernier, déjà, il avait signalé qu'elle ne franchirait pas la barre des 7 %. Pour rappel, la croissance avait été de 8 % en 2012. Certes, Essilor a été pénalisé par des effets de changes négatifs, qui ont pesé à hauteur de 6,4 % sur les revenus. Cela ne doit toutefois pas masquer certaines difficultés. Le groupe a souffert de décalages importants dans la signature de plusieurs acquisitions, même si trois opérations ont été menées avec succès sur le trimestre, aux Etats-Unis, au Canada et en Indonésie. La société d'Hubert Sagnières n'a pas non plus échappé aux turbulences économiques, notamment sur les marchés développés. La déception majeure vient des Etats-Unis, où les ventes ont reculé de 2,2 %. La perte de contrats s'est conjuguée à des ventes décevantes en juillet et août. Le traditionnel effet " back to school " de fin d'été est resté lettre morte. Le déploiement du nouveau produit phare, Varilux S series, n'a pas non plus répondu aux attentes. Un retard que le groupe espère combler au cours des mois à venir. Il souligne d'ailleurs un frémissement des ventes américaines en septembre et octobre. En Europe, où la France fait figure d'exception par sa bonne tenue, le marché reste fébrile. L'Allemagne, l'Italie et l'Espagne font ainsi toujours figure de marchés en report et non en croissance. Pour trouver de bonnes nouvelles, il faut se tourner vers les émergents. La performance de l'Amérique Latine est satisfaisante avec un chiffre d'affaires en hausse de 8,2 %. En Asie, outre le dynamisme des émergents, soulignons le redressement des pays développés, Japon et Australie. La stratégie d'Essilor dans ces régions semble payante : lacement de produits et cascade d'innovations vers la moyenne gamme. Essilor a réitéré un objectif de chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros pour 2015. En 2014, la société mise sur plusieurs leviers de croissance : au sein du groupe, la création d'un pôle dédié au solaire, aux Etats-Unis, une accélération des ventes de Varilux S series, au niveau mondial, le déploiement de Crizal Prevencia et la poursuite d'acquisitions. Après avoir longtemps habitué les investisseurs au meilleur et surtout à une inaltérable résilience vis-à-vis des différentes crises, le groupe connaît donc une période de turbulence. A tel point qu'il ne gagne plus que 2,5% depuis le début de l'année, sous performant son indice de référence, le CAC 40 qui gagne sur la même période 17,2%. Ce qui n'empêche pas la valeur de continuer à afficher de magnifiques performances à 3 et 5 ans (respectivement +64,5% et +145%). Les intervenants boursiers lui reprochent toutefois aujourd'hui de ne pas s'être mis en ordre de marche pour capter les îlots de croissance. Les prochaines acquisitions et le lancement des produits innovants seront donc particulièrement scrutés par les financiers.
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