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L'Europe unit ses forces pour investir dans l'intelligence artificielle
Quelques semaines après que le gouvernement français a présenté son grand "plan Intelligence artificielle" de 1,5 milliard d'euros, visant à faire de la France un leader dans le domaine, Bruxelles à son tour s'est emparé du sujet. Et a donc présenté ce matin des propositions pour stimuler l'investissement dans l'IA au niveau européen. Un enjeu crucial pour l'UE, puisque l'impact économique du développement de l'intelligence artificielle devrait atteindre entre 6.500 et 12.000 milliards d'euros par an d'ici à 2025 selon les estimations de Bruxelles. Sachant que l'UE est en retard en termes d'investissements privés dans le secteur : en 2016, entre 2,4 à 3,2 milliards d'euros seulement ont été placés dans l'IA, contre 6,5 à 9,7 milliards en Asie et 12,1 à 18,6 milliards aux Etats-Unis. Afin de rejoindre le peloton, la Commission a donc proposé une approche en trois volets, pour booster les investissements publics et privés d'une part, se préparer aux changements socio-économiques que le développement de l'IA va entraîner, et stimuler la compétitivité de l'Europe dans ce domaine.
L'UE devra donc accroître ses investissements (secteurs privé et public confondus) en matière de R&D et d'innovation dans l'IA d'au moins 20 milliards d'ici à la fin 2020, a affirmé Andrus Ansip, vice-président pour le marché unique numérique, qui a comparé l'arrivé de l'IA avec la révolution de la machine à vapeur ou de l'électricité. "La Commission joue son rôle : nous entendons aujourd'hui donner une impulsion d'une part, aux chercheurs, pour leur permettre de développer la prochaine génération de technologies et d'applications de l'intelligence artificielle et d'autre part, aux entreprises, pour qu'elles soient en mesure de les intégrer". De son côté, Bruxelles compte porter ses investissements à 1,5 milliard d'ici à deux ans, qui devrait permettre de mobiliser 2,5 milliards supplémentaires grâce à des partenariats public-privé existants. Par ailleurs le Fonds européen pour les investissements stratégiques mobilisera 500 millions d'euros d'ici à 2020 afin d'aider les entreprises et les start-up à investir dans l'IA. Enfin, sur les données constituant la matière première de l'intelligence artificielle, Bruxelles entend proposer une nouvelle législation visant à ouvrir davantage l'utilisation des data ainsi que des mesures pour en faciliter l'échange.
Deuxième volet plus prospectif cette fois, proposé par la Commission : anticiper les changements socio-économiques que l'IA risque de provoquer et faire en sorte que l'UE y soit préparée. L'intelligence artificielle va créer de nombreux nouveaux emplois mais également en supprimer un bon nombre. La Commission va donc encourager les Etats membres à réaliser les transitions nécessaires sur le marché du travail, tout en incitant les entreprises et Etats à attirer et conserver le maximum de talents dans le domaine de l'IA. Car trop de talents européens partent à l'étranger pour étudier et travailler dans le secteur, comme l'avait souligné Cédric Villani dans son rapport sur l'IA présenté au gouvernement il y a quelques semaines. "Les Européens devraient disposer de toutes les opportunités nécessaires pour acquérir les compétences et connaissances pour maîtriser ces nouvelles technologies. Les programmes nationaux sont indispensables pour offrir ce perfectionnement et ces formations", explique ainsi le document de la Commission.
Bruxelles compte enfin mettre en place un cadre juridique et éthique adéquat lié au développement de l'IA. La Commission devrait ainsi présenter d'ici à la fin de l'année des lignes directrices en matière d'éthique, qui tiendront notamment compte du principe de la protection des données, de la transparence et s'appuieront sur les travaux du Groupe européen d'éthique sur les sujets de nouvelles technologies.
Avec ces propositions, ainsi que la déclaration de coopération signée par les 24 Etats membres plus la Norvège le 10 avril dernier, l'UE compte bien rattraper son retard dans le développement de l'IA et ainsi mettre en place un plan coordonné en la matière d'ici à la fin de l'année. Le but étant d'encourager les investissements, mais également d'encourager la coopération entre Etats membres dans le domaine et l'échange de bonnes pratiques. "L'UE veut être à la pointe de cette évolution", conclut la Commission, qui rappelle que de nombreuses avancées dans l'IA sont tout de même à mettre au crédit de l'Europe. "Les entreprises européennes représentent environ un quart de la production mondiale dans le domaine de la robotique industrielle et de la robotique pour services professionnels." Bruxelles souhaite visiblement accroître cette proportion dans les prochaines années.
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