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Sans mutualisation de dette, la crise en zone euro peut ressurgir

La grande coalition de Merkel a finalement rejeté le projet de mutualisation des dettes souveraines. Or sans eurobonds, la dynamique des taux d'endettement pourrait de nouveau conduire à une crise des dettes souveraines.
Si la chancelière a cédé sur le salaire minimum auprès du SPD afin d'être sûre que l'accord soit ratifié par les adhérents du parti de gauche, elle a revanche tenu bon au sujet des eurobonds. Et le texte de la coalition rejette donc clairement le principe de mutualisation de dettes européennes. Le parti SPD s'était pourtant prononcé en faveur de cette mesure dans le programme présenté pendant la campagne et défendait l'idée depuis le début de la crise de la dette. Ainsi, en 2010 déjà, le chef de file du SPD au Bundestag de l'époque, Franck-Walter Steinbrück avait déclaré dans une tribune du Financial Times que, pour mettre un terme définitif à la crise de la dette en zone euro, il faudrait nécessairement " l'introduction limitée d'obligations européennes à moyen terme ". Trois ans plus tard, le combat est perdu. Or, selon Natixis, l'absence de mutualisation des dettes aura des conséquences importantes pour l'ensemble de la zone euro. Ainsi, chaque pays devra assurer seul sa solvabilité budgétaire et stabiliser son taux d'endettement public. Sans eurobonds, pas non plus de budget européen de plus grande taille, qui aurait pu être financé par des impôts européens affectés ou par de la dette. Rappelons que le budget actuel tourne autour de 150 milliards d'euros par an. Certes, la position de l'Allemagne est compréhensible : "elle lui évite de devoir soutenir les pays de la zone euro en difficulté avec leurs finances publiques, leurs banques, ou simplement un niveau de vie inférieur à celui de l'Allemagne ", explique Patrick Artus. Logique de la part d'un pays ayant un vieillissement démographique important et qui doit donc accumuler des actifs. Mais cette façon d'envisager l'Europe ne sera pas tenable à long terme estime l'analyste. D'une part parce que les taux d'endettement publics de certains pays vont conduire à des niveaux insupportables d'ici à quelques années, qui exigeront des excédents primaires énormes et impossibles à tenir. Ainsi, compte tenu des taux d'endettement publics et de l'écart entre le taux d'intérêt réel à long terme et le taux de croissance, il faudrait notamment un excédent primaire de 1,2 point de PIB en France (qui est déficitaire depuis 2005), de 4,5 points en Espagne, de 7,2 points en Italie ou de 25 points en Grèce ! En outre, la différence accrue entre les pays industrialisés (Allemagne, Pays-Bas, Autriche) et ceux qui au contraire se désindustrialisent (France, Espagne, Italie...) va conduire à un écartement croissant des revenus par habitant entre ces deux groupes de pays. Or, ce différentiel sera insupportable sans la mise en place de transferts en compensation, ce qui nécessite bien la mise en place d'un réel budget européen de grande ampleur. Si la chancelière a donc dit non pour le moment aux eurobonds et à toute union de transfert, afin de répondre aux critiques de ceux qui estimaient que l'Allemagne avait déjà beaucoup trop contribué au sauvetage des Etats du Sud, elle ne pourra sans doute pas ré-ourvir le débat sur le sujet lors de son troisième mandat. Le SPD devrait d'ailleurs plaider en ce sens là.
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