Accor de désaccords en désaccords
Après avoir obtenu un changement de gouvernance il y a 18 mois, les fonds ont obtenu la tête de Gilles Pélisson. Pour quoi faire?
N'ayant plus la confiance de certains de ses administrateurs, Gilles Pélisson, le patron d'Accor a choisi de partir de la direction du groupe, qui est aussitôt reprise par Denis Hennequin, jusqu'ici patron de Mc Donald's Europe, qui était déjà administrateur de l'entreprise créée par Paul Dubrule et Gérard Pélisson.
Officiellement, ce sont des "divergences stratégiques" qui ont conduit à ce départ. Divergences entre Colony et Eurazeo d'un coté et Gilles Pélisson de l'autre. Pourtant, on ne peut pas dire que ce dernier n'a pas fait preuve de loyauté à l'égard de ses actionnaires. Ils voulaient une vente des murs d'hôtels : il les a cédés, plus vite et mieux que prévu. Ils voulaient une scission de l'activité tickets restaurant. Il n'y était pas très favorable avant de se rallier à ce projet et de le mettre en musique, permettant à Eurazeo de ne plus afficher de moins-value sur sa ligne Accor-Edenred.
Ils voulaient une vente de la participation dans le Groupe Desseigne. Il l'a organisée, mais les banquiers ne s'étant pas bien préparés, elle n'a pu se dérouler comme prévu. Ils voulaient de bons résultats. Il y a quelques jours, Accor a sensiblement relevé son objectif de marge pour 2010 à la suite d'un excellent chiffre d'affaires trimestriel.
Pourquoi donc se séparer d'un P-dg qui a donné satisfaction en tous points, quelques mois après fait valser la moitié du conseil d'administration, alors présidé en toute sérénité par Serge Weinberg ? Le pire, dans cette histoire, c'est qu'il n'y a pas d'explication rationnelle. Parce que la stratégie que souhaitaient Colony et Eurazeo il y a deux ans, n'est plus la même que celle qu'ils souhaitent aujourd'hui. Parce que leurs contraintes à tous les deux ne sont plus les mêmes. Parce que leurs horizons d'investissement diffèrent. Dans ces conditions, pour le mandataire social qui doit gérer l'entreprise en fonction de l'intérêt des actionnaires, des salariés et des clients, tenter de coller aux exigences changeantes de ceux qui l'ont fait roi finit par devenir impossible. Et l'on comprend volontiers que Gilles Pélisson ait choisi de reprendre sa liberté.
Maintenant il serait bien qu'Accor cesse d'être une sorte de "caprice" géré d'abord en fonction des intérêts de ses deux fondateurs, puis en fonction de leur désaccords, avant d'être mené au gré de la volonté de deux actionnaires "minoritaires". C'est dire si la tâche de Denis Hennequin ne va pas être aussi confortable qu'une bonne nuit dans un Sofitel de rêve.
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