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Mario Draghi à court de munitions

Lors d'une conférence à Jérusalem, Draghi a répété qu'il se tiendrait prêt à mettre en place des mesures non conventionnelles supplémentaires, si la conjoncture l'exigeait. Mais la BCE commence à manquer d'outils disponibles.
"Les limites de la politique monétaire", tel était le sujet de la conférence donnée ce matin à Jérusalem par deux spécialistes du sujet et introduite par le président de la BCE. Un thème de circonstances, alors que les marchés s'inquiètent depuis plusieurs semaines du calendrier de sortie des mesures de quantitative easing mises en place par la Fed et d'un éventuel coup de pouce supplémentaire de la part de Francfort. Preuve s'il en est de l'influence des banques centrales sur le moral des marchés et de leur dépendance aux perfusions en liquidités de celles-ci. Selon Mario Draghi, les limites de la politique d'une banque centrale consistent à respecter le rôle qui lui est assigné par son mandat, à savoir la maîtrise de l'inflation et le respect de son indépendance. En ce sens, le président de la BCE a tenu à souligner que l'ensemble des mesures mises en place depuis le début de la crise de la dette européenne (injection de liquidités auprès des banques via les LTRO, rachat de dettes d'Etats avec le programme OMT) s'inscrivent toutes dans le cadre de son mandat. Le président de la Banque Centrale Européenne en a surtout profité pour rassurer une nouvelle fois les marchés : les gouverneurs étudient la possibilité de mesures d'assouplissement supplémentaires, qui seront mises en place si "les circonstances l'exigent". De l'avis de nombreux analystes, la BCE ne dispose pourtant plus de beaucoup d'outils pour venir au chevet de l'économie européenne. Et ces mesures n'ont pas forcément permis la reprise du crédit. Ainsi, selon Eric Chaney, économiste en chef chez Axa, malgré la baisse du taux de dépôt à 0% et de refinancement à 0,5%, les PME des pays périphériques ont encore beaucoup de mal à emprunter auprès des banques. "La transmission de la politique monétaire en Italie et en Espagne est bloquée en raison de banques insuffisamment capitalisées", explique-t-il. "La dure vérité est que la BCE est quasiment à court de munitions", pour venir en aide aux Etats à la traîne. Quelles sont les maigres options encore disponibles dans la boite à outils de Mario Draghi ? "La baisse du taux de dépôt est une option qui suscite beaucoup de réserves : pour qu'elle soit efficace, il faut qu'elle soit accompagnée d'une rémunération négative sur les comptes courants. Or cela pourrait conduire les banques à augmenter le coût du crédit en compensation", explique René Defossez, analyste chez Natixis. L'autre risque d'un taux de dpôt négatif, serait que les banques épongent plus rapidement les liquidités en excès, ce qui ferait remonter l'EONIA et serait contreproductif. En revanche, la BCE pourrait baisser le taux de refinancement à 0,25% afin de relancer une économie qui devrait connaître un recul de 0,7% cette année, selon l'économiste. "Dans son discours ce matin, Mario Draghi a également voulu signifier que les taux resteraient bas pour longtemps", explique Clemente de Lucia, analyste chez BNP Paribas. Et ainsi apaiser les craintes des marchés de voir la BCE suivre le même chemin de sortie que celui de la Fed. Deuxième et dernier instrument que Mario Draghi pourrait utiliser en cas de dégradation de la conjoncture : l'élargissement de la gamme des collatéraux, afin de faciliter les prêts aux PME. Des achats directs de titres, sur le modèle du programme de rachats mensuels de la Fed seraient "très peu probables", selon Clemente de Lucia. Même si c'est sans doute ce qui aurait le mieux permis de combattre la déflation, estime l'économiste en chef d'Axa.
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