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L'IPO de Groupon: info ou intox?

Le site Internet d'achats groupés a réactivé son projet d'IPO sur une valorisation deux fois moins élevée. Si le besoin de capitaux est bien là, cela cache un dual track jusqu'au dernier moment.
Comme le consommateur de ses services, Groupon a décidé de s'offrir une IPO et il la veut maintenant, tout de suite, malgré le contexte. Le site d'offres promotionnelles à durée limitée a ainsi relancé pour la troisième fois son projet d'IPO, après des reports liés aux conditions de marché. Il commencerait ses roadshows dès la semaine prochaine, pour une introduction en novembre. Le désenchantement est réel pour le groupe emmené par le sulfureux Andrew Mason: l'entreprise serait désormais valorisée autour de 12 milliards de dollars (soit 20 fois le chiffre d'affaires attendu en 2011 tout de même!), alors que l'on évoquait encore 25 à 30 milliards de dollars en septembre, quand le soleil des vacances avait laissé les investisseurs euphoriques et gourmands. L'environnement s'est depuis nettement dégradé, même si le rythme des IPO se maintient outre-Atlantique. "De ce point de vue, Groupon peut se targuer de son histoire américaine: il est devenu un leader de marché dans son pays, s'est déployé vers l'Asie mais reste encore sous-représenté en Europe, le continent sur lequel planent les plus fortes inquiétudes", analyse Virginie Lazès, managing director chez Bryan Garnier. Mais la firme aura du mal à cacher ses faiblesses, qui tiennent à la nature même du modèle et de son patron: "Groupon vend un projet révolutionnaire (aux clients, aux commerçants et aujourd'hui aux investisseurs) avant d'avoir fait la preuve de son modèle", poursuit Virginie Lazès. Et notamment de sa rentabilité puisqu'il a creusé ses pertes à 200 millions de dollars au premier semestre. Or le modèle Groupon commence à montrer des failles: si le nombre d'utilisateurs augmente sans cesse (142 millions d'adhérents aujourd'hui) et que ses revenus augmentent de façon exponentielle (environ 1,3 milliards de dollars cette année, contre 713 millions en 2010), les pertes liées aux investissements marketing ne cessent de se creuser. La pérennité du modèle pourrait être remise en cause du côté des commerçants partenaires: le taux de fidélisation d'un client, qui a profité d'une offre à usage unique, est faible, alors que Groupon ponctionne un pourcentage d'une prestation elle-même vendue à tarif réduit. La réputation d'amateurisme du groupe s'est également amplifiée lors de la publication du prospectus d'introduction. Le groupe a maladroitement exclu toutes les dépenses marketing dans le calcul de son résultat opérationnel, alors qu'il était possible de façon comptable de lisser ces investissements dans le temps. Mais Groupon n'a aujourd'hui pas le choix, il doit lever des capitaux pour financer l'émergence de ce nouveau leader de l'e-commerce, qui fermera la porte aux autres. Une IPO pourrait lui permettre de lever 500 millions de dollars, si les investisseurs sont au rendez-vous pour ce niveau de valorisation encore mirobolant. Ou alors... une vente à un industriel. Google, qui avait tenté de le racheter il y a presque un an pour 6 milliards de dollars et a depuis lancé un service concurrent avec Google Offers, pourrait de nouveau tenter sa chance. Une chose est sûre, Groupon est déterminé à continuer le show de l'IPO... Tant que ça marche!
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