Vivendi/Havas: un mariage de raison pour Vincent Bolloré
Il y a tout juste un an, Vincent Bolloré admettait qu’ « un jour, il y aura quelque chose entre Vivendi et Havas ». Le scénario était donc murmuré depuis longtemps, mais il devient aujourd’hui réalité : Vivendi propose 9,25 euros en cash par action Havas au Groupe Bolloré, détenteur de 60% des titres, soit une prime assez légère de 8,8% par rapport au dernier cours de Bourse. Cela valorise Havas à 3,9 milliards d’euros, ce qui signifie que 2,4 milliards d’euros vont revenir au Groupe Bolloré. Un chèque bienvenu, étant donné que l’homme d’affaires breton a nanti 15% de sa participation dans Vivendi et pourrait avoir besoin d’argent frais. De son côté, Vivendi, qui n’a que 500 millions d’euros de trésorerie nette (mais 4 milliards d'euros de trésorerie disponible plus 2 milliards de lignes de crédit), va devoir emprunter sur les marchés, dans des conditions certes optimales à l’heure actuelle, pour boucler le deal. Et mettre la main sur un groupe sans dette, tandis que la cible « disposera des moyens financiers de sa croissance tant interne qu’externe, en France et à l’international ».
Officiellement, il s’agit d’un mariage de convergence entre contenus et communication, apporter à Vivendi l’expertise d’Havas sur la science client, le data management et les nouveaux formats créatifs. Tout en préservant « l’environnement créatif agréable » propre à l’agence de publicité, a certifié Arnaud de Puyfontaine, président du directoire de Vivendi, lors du call avec les analystes. Mais si le management a fait valoir des synergies évidentes entre les deux groupes, il ne les a pas chiffrées lors de l’annonce de cette opération, et a assuré que les doublons seraient « limités » dans la réalisation de ce rapprochement.
Les analystes ont de leur côté pointé les risques de conflits d’intérêts entre les deux firmes, Havas pouvant orienter ses clients vers les médias de Vivendi, mais là encore, Arnaud de Puyfontaine a renvoyé à la décision de la Commission européenne, qui avait approuvé la position de contrôle du Groupe Bolloré dans Vivendi, dont il détient 20%, malgré ses intérêts dans Havas.
En réalité, Vincent Bolloré joue comme à son habitude un coup de billard à trois bandes, qui pourrait se finaliser, à plus long terme, vers une consolidation du secteur avec l’autre grand nom français de la communication. Mais aussi avec la possible succession en vue de Yannick Bolloré, son fils et P-dg d'Havas.
En attendant, il a réussi à faire oublier la déconvenue du jour pour Canal Plus, qui a perdu les droits de la Ligue des Champions au bénéfice de son grand concurrent, Patrick Drahi. Pour s’assurer de cette victoire, SFR a mis les moyens – 1,2 milliard d’euros, une somme record – afin de s’assurer des droits de retransmission de la compétition entre 2018 et 2021. Si la chaîne de télévision payante continue à souffrir, nul doute que celui qui a déboursé 1,5 milliard d’euros pour distribuer BeIn Sports en exclusivité pendant cinq ans, a d’autres plans dans sa besace. Mais à l’instar de la bataille boursière en cours avec Telecom Italia, l’homme a le temps pour faire aboutir sa vision stratégique, et cela est inestimable même pour les marchés.
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