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Yaourt au goût amer

La cession du contrôle de Yoplait à l'américain General Mills privilégie le passé au détriment de l'avenir ou du patriotisme économique.
Quand on a l'embarras du choix, on fait parfois des choix embarrassants. En décidant de céder ses 50% dans Yoplait mais en laissant à la coopérative Sodiaal qui possédait les autres 50%, le soin de choisir le futur acquéreur, le fonds PAI Partners a eu une attitude exemplaire. Le vainqueur n'est ainsi pas le mieux disant puisque l'américain General Mills valorisait Yoplait 1,6 milliard d'euros alors que le chinois Bright Food le valorisait 1,75 milliard. Pour PAI la différence est relativement modeste puisqu'il touchera un chèque de 800 millions d'euros au lieu de 875 millions. Comme son prix de revient initial est de 71 millions d'euros, plus 200 millions de prêts, la plus-value demeure très substanielle. Pour les coopératives et les autorités françaises, le choix peut en revanche apparaître étonnant. Quand on se souvient de l'émoi et de la levée de boucliers provoqués, il y a quelques années, par l'évocation d'une éventuelle arrivée de l'américain Pepsi chez Danone, numéro un mondial du yaourt, on peut s'étonner que les pouvoirs publics et Sodiaal adoubent la reprise par General Mills des 50% de PAI plus 1% appartenant à la coopérative. Ce qui donnera à l'américain la majorité du numéro deux mondial. Le choix est d'autant plus curieux qu'il existait d'autres candidats français et européens. Si Lactalis était personna non grata chez Sodiaal et Nestlé handicapé par une filiale commune avec Lactalis dans les produits ultrafrais, le groupe familial et français Bel, proche des coopérateurs, offrait une alternative tricolore. Mais ses moyens plus limités l'avaient conduit à faire une offre inférieure et il a refusé la main que le fonds stratégique FSI aurait pu lui prêter pour conserver Yoplait sous pavillon français. Distributeur de Yoplait aux Etats-Unis depuis 24 ans, General Mills avait certes un avantage. Mais, d'abord il était en conflit avec Sodiaal depuis des mois étant donné la faiblesse des royalties qu'il versait. Si l'accord met fin à ce litige, on peut juger le prix élevé puisqu'il revient à donner les clés du champion du yaourt à un partenaire retors. Ensuite, si Yoplait fait 30% de son chiffre d'affaires de 3,5 milliards d'euros aux Etats-Unis, il est absent du marché chinois en plein essor. Et quitte à choisir un partenaire étranger, on peut penser que le chinois Bright Food, qui offrait davantage d'argent, se contentait de 50% du capital et était prêt à faire de Yoplait le leader chinois du yaourt haut de gamme et aux fruits était un choix plus intéressant. Même si certains estiment que Bright Food (10 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 260 millions de bénéfice net) n'avait pas les moyens de ses ambitions.
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