Les bougies de Michel de Rosen
Le marché boude les résultats semestriels d'Eutelsat, malgré des perspectives favorables à court terme. L'incertitude plane sur l'avenir de la participation d'Abertis.
Michel de Rosen, le nouveau directeur général d'Eutelsat, souffle aujourd'hui ses soixante bougies. Mais le marché boursier ne semble pas vouloir participer à la fête en saluant les résultats semestriels de la société qu'il dirige. Depuis le début de la matinée, la capitalisation boursière d'Eutelsat a diminué de 150 millions d'euros. Et les analystes financiers semblent dans l'expectative de ce que le directeur général d'Eutelsat leur tiendra comme discours cet après-midi, à l'occasion d'une conference call.
Eutelsat ne pose pas vraiment de problème en soi. Il y a peu de sociétés qui parviennent à dégager une marge opérationnelle de 80 %, et qui continuent à faire de la croissance sur le secteur de la haute technologie avec de surcroît une visibilité exceptionnelle liée à un carnet de commandes qui représente près de cinq années de chiffre d'affaires. Le modèle économique d'Eutelsat est simple. Il consiste à lancer des satellites et à louer leurs faisceaux, pour des usages qui sont en constante augmentation. Cela ressemble davantage à l'équation économique d'une société foncière qu'à celle de la biotechnologie où Michel de Rosen exerçait auparavant ses activités.
Si le titre est regardé avec une certaine suspicion par les opérateurs de marché, c'est davantage à cause des incertitudes qui planent sur l'évolution à venir de son capital. Actuellement, Eutelsat est détenu à hauteur de 31,4 % par l'espagnol Abertis et de 26,1% par le Fonds Stratégique d'Investissement (codétenu par l'Etat et la Caisse des Dépôts). Or Abertis, qui est un opérateur espagnol de concessions et qui pourrait être repris par CVC, a besoin de dégager d'urgence des liquidités. Il y a un mois, le groupe a cédé sur le marché 6,7 % du capital d'Atlantia (l'ex-Autostrade qui gère le réseau autoroutier italien) pour 626 millions d'euros. Et cette recherche de cash va se poursuivre.
Il y a fort à parier qu'à un moment ou à un autre la participation d'Abertis dans Eutelsat sera mise sur le marché. Ne serait-ce que pour satisfaire l'activisme de CVC qui détient déjà 16 % du capital du groupe espagnol. Inutile de dire que l'Etat français surveille de très près ce dossier qui porte sur l'un des principaux exploitants de satellites, et sur une quasi-participation de contrôle. Il ne peut pas agir de son propre fait, ayant déjà plus d'un quart du capital.
Mais tous les banquiers d'affaires de Paris sont priés de trouver une solution de rechange, pour le jour où Abertis voudra céder sa participation dans Eutelsat à un prix d'au moins 2 milliards d'euros. Des fonds d'infrastructures ont déjà été approchés. Et tant que ce dossier ne sera pas totalement résolu, le gateau d'anniversaire de Michel Rosen gardera un petit goût acidulé.
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