De quel droit Arnaud Montebourg peut-il attaquer les Peugeot ?
Le ministre du Redressement Productif a violemment attaqué, hier, la famille Peugeot, la soupçonnant de dissimulation. S'il y a bien des industriels patriotes et engagés, ce sont eux !
Nous voilà revenus au début des années 80 lorsque Pierre Mauroy voulait "faire rendre gorge" aux frères Willot, qui à force de faire de la cavalerie, avaient mis l'ensemble du groupe Boussac en faillite. En l'espace de quelques jours, le Président de la République a profité de son intervention du 14 juillet pour montrer du doigt la famille Peugeot. Puis on a eu droit hier à un délire du ministre du Redressement Productif, estimant qu'il n'avait pas une "confiance extraordinaire dans ce que nous dit la direction de Peugeot", avant d'accuser le constructeur de jouer les "malades imaginaires". Sans compter des allusions désagréables à l'égard de la famille Peugeot qui devraient se solder par une rencontre, le 26 juillet prochain, entre Thierry Peugeot, le président du conseil de surveillance, et Arnaud Montebourg.
Avant cette rencontre, peut-être faut-il rappeler au ministre un certain nombre de faits concernant cette famille industrieuse qui nourrit une partie du bassin belfortin depuis deux siècles. C'est ce qui explique que Pierre Moscovici, élu de cette région, ne s'en soit jamais pris à elle.
1. François Hollande a accusé la famille Peugeot de s'être versé 300 millions d'euros de dividendes en 2011, à cause des bons résultats de 2010. Faux. La famille Peugeot a reçu cette année-là 78 millions d'euros.
2. Arnaud Montebourg a expliqué que "depuis le 6 mai, lorsqu'une entreprise reçoit des aides de l'Etat, l'Etat estime faire partie de l'entreprise". C'est vrai, PSA comme Renault ont reçu il y a trois ans des avances de trésorerie de l'Etat qui ont été entièrement remboursées depuis. Ce seul prêt a coûté à Peugeot 350 millions d'euros.
3. La famille Peugeot a investi en mars dernier presque deux années de dividendes, soit 133 millions d'euros, en souscrivant à l'augmentation de capital de PSA. Connait-on beaucoup de familles qui accepteraient d'apporter un tel écot à une entreprise qui brûle 200 millions d'euros de cash par mois ?
4. Parce qu'elle est protestante, discrète voire austère, la famille Peugeot ne fait pas parler d'elle. Et beaucoup ignorent son patriotisme qui l'a poussé à refusé de collaborer avec l'ennemi pendant la guerre, au point de faire chuter de 80 % la productivité de ses usines, pendant que Rodolphe Peugeot travaillait pour Londres.
5. Beaucoup ignorent ses épreuves, avec notamment l'enlèvement du petit Eric Peugeot (4 ans) au Parc de Saint-Cloud. Au pied du toboggan, ses parents trouvent le mot suivant : "Cher Monsieur Peugeot, voilà ce qu'on pourra lire dans les journaux si vous nous faites marrons : le jeune Peugeot, âgé de quatre ans, est mort après d'horribles tortures parce que ses parents ont refusé d'allonger 50 millions ou alors parce qu'ils ont été trop bavards avec la police."
6. Contrairement à ce que Jean-Luc Mélenchon a asséné pendant toute la campagne électorale, tous les membres de la famille Peugeot vivent en France et payent leurs impôts en France, alors que Sochaux est à un jet de pierres de la Suisse. Et qu'à l'instar des Mulliez, ils auraient pu, depuis longtemps, choisir d'avoir une attitude moins patriote.
7. Il y a quelques années PSA Peugeot Citroën s'est trouvé au bord du gouffre - comme Michelin d'ailleurs. Le groupe, alors dirigé par Jean-Claude Parayre, a recruté un ancien banquier, Jacques Calvet, pour remettre les comptes au carré. La famille a accepté de réduire sa participation. Et PSA est reparti de l'avant, contribuant à hauteur de 10 milliards d'euros à la balance commerciale française.
C'est dire si Arnaud Montebourg, en tant qu'ancien avocat, peut multiplier les effets de manche, la famille Peugeot n'a rien à se reprocher. Absolument rien. Il lui faut simplement laisser aboyer les chiens de toutes sortes, le temps que sa caravane avance.
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17/09/2021 - 10:31

