Gaz de schiste : la France ne pourra s'en prendre qu'à elle-même
Même si Bruxelles envisage de présenter un cadre réglementaire commun sur le sujet fin 2013, le choix du bouquet énergétique incombe aux Etats membres. La France doit arrêter de verrouiller le dossier.
"Les bouquets énergétiques incombent aux Etats" et "ce n'est pas à la Commission de dire si on doit exploiter le gaz de schiste", a martelé mardi dernier lors d'une audition à l'Assemblée nationale, Connie Hedegaard commissaire européenne en charge du climat. C'est-à-dire que si la France continue à verrouiller toute avancée sur cette énergie -au risque de s'en mordre les doigts à l'avenir- elle ne pourra s'en prendre qu'à elle-même.
Il ne s'agit pourtant pas de foncer tête baissée dans l'exploitation du gaz de schiste, qui pour l'instant présente des risques non négligeables, mais de ne pas s'asseoir bêtement sur une richesse énergétique potentielle. C'est ce qu'a d'ailleurs très bien résumé le rapport d'étape publié jeudi par les parlementaires PS et UMP, Christian Bataille et Jean-Claude Lenoir. "Il convient, en premier lieu, d'évaluer aussi précisément que possible nos ressources, ce que l'on peut commencer à faire par la recherche et par l'emploi de techniques non invasives, avant d'envisager de premiers forages d'exploration", expliquent les auteurs. Traduction : avant de refuser de toucher à un plat, encore faut-il savoir ce qu'il y a dedans. Pour le moment, il ne s'agit que d'estimations, mais selon l'EIA (Energy Information Administration), les réserves françaises s'élèveraient à 5 100 milliards de mètres cubes. Ce qui correspond à 100 ans de consommation française de gaz.
Autre sujet et pas des moindres : la méthode d'extraction de cet hydrocarbure non conventionnel, qui fait débat à juste titre. "La fracturation hydraulique reste la technique la plus efficace et la mieux maîtrisée pour extraire les hydrocarbures non conventionnels, et (...) des solutions existent pour le faire avec un impact acceptable sur l'environnement", estiment le sénateur UMP et le député PS. D'ailleurs, cette méthode aurait déjà été utilisée "à au moins 45 reprises" en France entre les années 80 et 2011 (date d'interdiction de ladite technique) "sans qu'aucun dommage n'ait été signalé". Mais la ministre de l'Ecologie reste ferme : "Non, le gouvernement ne modifiera pas sa position. François Hollande a défini une ligne de conduite".
A l'échelle du Vieux Continent la question divise, et la Commission n'envisage pas de trancher. Bruxelles doit rendre publiques trois études d'impact (environnement, contraintes techniques, modèle économique) sur cet hydrocarbure non conventionnel d'ici à la fin de l'année. Sera également présenté fin 2013 un "cadre général qui précise ce qu'il faut faire et ne pas faire", a ajouté mardi Connie Hedegaard. Difficile de dire jusqu'où Bruxelles ira, car les Européens ne partagent pas les mêmes convictions. Là où le commissaire à l'Energie dit "oui" à l'exploitation, ceux au climat et à l'environnement optent pour le "non". Auditionné devant le Parlement européen le 28 mai, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, a émis un avis plutôt favorable : "L'Europe doit exploiter son potentiel énergétique au maximum " mais de façon " sûre et soutenable".
De la même façon, les Etats membres sont divisés sur le sujet. Les Polonais, les Roumains et les Tchèques poussent à l'exploitation. Et les pays n'ont pas le monopole en matière de divergences d'opinions, puisqu'au sein même du gouvernement français des dissensions se font jour. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg s'est dit "favorable à l'expérimentation technologique" du gaz de schiste sur notre territoire. Fin 2012, François Hollande a entrouvert une porte en affirmant qu'il "prendr(ait) ses responsabilités" si une nouvelle technique respectueuse de l'environnement voyait le jour.
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