Le G7 au chevet du Japon
Les pays sont intervenus sur le marché des changes afin d'éviter une flambée du yen. Cette action concertée ne sera peut-être pas suffisante.
Devant l'ampleur de la catastrophe japonaise, les pays du G7 ont décidé de jouer la carte de la solidarité. Réunis cette nuit, les ministres des finances des principaux pays industrialisés (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) se sont mis d'accord sur le principe d'une intervention concertée dès aujourd'hui pour freiner la flambée du yen, qui a atteint hier un record historique de 76,25 pour un dollar.
L'intervention de la BCE, estimée à 5 milliards d'euros, selon un trader de Nomura cité par Reuters, ainsi que celles des autres banques centrales des pays du G7, qui ont toute annoncé être intervenues ce matin, a immédiatement permis de calmer l'envolée de la monnaie nipponne. En fin d'après-midi, le billet vert qui était tombé mercredi à son niveau le plus faible depuis la Seconde guerre mondiale, s'installait autour de 81 yens. Le montant de l'intervention n'a pas encore été dévoilé mais pourrait atteindre 2000 milliards de yens, selon différents cambistes.
A court terme, les chances de succès de l'opération semblent plutôt bonnes. Bien plus en tout cas que si la Banque du Japon était intervenue seule, comme c'est le cas depuis le début de la catastrophe (la BoJ a injecté 309 milliards d'euros depuis lundi). D'autant qu'une telle union sacrée est rare: la dernière remonte à septembre 2000, quand le G7 avait uni ses forces pour soutenir l'euro. Les pays membres étaient également intervenus dans les années 1980 afin de stabiliser le marché des changes.
Cependant, l'effet pourrait être de courte durée et créer le trouble sur le marché des changes. "L'intervention du G7 est censée éviter que le yen soit l'objet d'attaques spéculatives", explique Bei Xu, économiste chez Natixis. Mais, selon cette dernière, l'intervention des banques centrales pourrait créer un désordre monétaire complet et avoir finalement l'effet inverse de ce qui était voulu. "Pour l'instant on ne sait absolument pas si les pays du G7 visent seulement à atteindre un niveau spécifique de taux de change, celui par exemple auquel on est parvenu aujourd'hui, soit un yen entre 80 et 85 dollar. Ou s'ils souhaitent aller plus loin et déprécier le yen", poursuit l'analyste. Le premier cas permettrait d'éviter la spéculation contre le yen mais ne permettrait pas d'aider au refinancement du pays. Ce qui serait possible dans le deuxième cas mais pourrait du même coup totalement déséquilibrer le système monétaire et notamment les taux de change bilatéraux avec les autres devises asiatiques.
Les pays occidentaux sont en tout cas confrontés à un dilemme. Soit le Japon finance lui-même sa reconstruction, ce qui risque d'entraîner le rapatriement de milliards de dollars de yen investis à l'étranger, grevant la croissance d'autres pays. Soit la monnaie est suffisamment dépréciée grâce à l'intervention des banques centrales mais pourrait avoir un effet néfaste sur le marché des changes international.
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17/09/2021 - 10:31

