Le réseau fidèle de LinkedIn
Le titre de la première pépite américaine du Web 2.0 à entrer en Bourse a plus que doubé en une matinée. Privilège de premier entrant ou récompense d'un modèle éprouvé?
Si Glencore a voulu se contenter d'objectifs modestes pour son prix d'introduction à la bourse de Londres, ce n'est certainement pas le cas du réseau social professionnel LinkedIn. L'américain, qui entre aujourd'hui sur le Nyse, a relevé hier de 30% son prix d'introduction et était valorisé plus de 4 milliards de dollars lors de son entrée en bourse ce matin.
Et la folie acheteuse des investisseurs ne s'arrête pas là: le titre, qui a démarré à 45 dollars, a plus que doublé de valeur en 3 heures. "LinkedIn n'a pas fixé le cours au maximum par rapport au niveau de la demande, afin de permettre aux investisseurs frustrés d'acheter de nouveaux titres et de s'assurer une hausse du titre le premier jour de cotation", explique Virignie Lazès, de Bryan Garnier.
Si les plus virulents critiques d'une bulle du Web 2.0 se sont émus d'une valorisation "irrationnelle", il convient de rappeler le business model de LinkedIn, très fiable et proche d'un Meetic ou d'un SeLoger. Car, contrairement à la plupart de ses pairs du Big 5 (Facebook, Zynga, Twitter et Groupon), LinkedIn tire 70% de ses revenus, soit 243 millions de dollars en 2010, des abonnements payants des recruteurs et des accès premium pour ses membres. Si bien que le groupe créé par Reid Hoffman a, au fur et à mesure de la croissance de son trafic, réussi à le monétiser et a dépassé le point mort dès 2006, après 3 ans d'existence.
Aujourd'hui, les multiples atteints pour l'IPO sont vertigineux: plus de 17 fois son chiffre d'affaires 2010 et 279 fois son résultat net! Et le groupe, qui avait senti l'appétit insatiable pour son papier, s'est permis de refroidir le marché en indiquant s'attendre à une perte nette en 2011, contrairement à 2010. "Porté par la forte demande, LinkedIn a pu se montrer très prudent dans ses prévisions 2011, et pourra ainsi créer de nouvelles bonnes surprises lors de ses prochaines publications", analyse Virginie Lazès.
En outre, le groupe a lésé ses investisseurs en instituant deux classes d'actions, comme Facebook avant lui. Il leur a offert des actions de classe B, disposant de 10 fois moins de droits de vote que les actionnaires de la première heure. Malgré ces conditions, la frénésie d'achat et la forte proportion d'investisseurs particuliers montrent bien que les nouveaux actionnaires de LinkedIn ne cherchent ni à le contrôler ou à influer sur sa stratégie, mais bien à s'offrir un "bluechip" de l'Internet social dans leur portefeuille.
C'est pourquoi, malgré l'ascension fulgurante du titre aujourd'hui, il est légitime de se demander quel sera l'avenir boursier de LinkedIn. RenRen, le Facebook chinois qui avait rencontré la liesse du marché américain lors de son IPO en début de mois, est depuis revenu à son niveau d'entrée. Après l'effervescence liée à son statut de premier entrant, LinkedIn pourrait voir son action stagner aux niveaux d'entrée, et avoir du mal à lever ce qu'il était si facile de collecter aujourd'hui. D'où la nécessité d'attendre le bon stade de développement pour frapper à la porte de la Bourse. Facebook, s'il veut devenir le nouveau Google, devra veiller à cette règle.
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17/09/2021 - 10:31

