L'Europe manque d'énergie
Après Gérard Mestrallet, Henri Proglio a critiqué l'absence de politique communautaire sur l'énergie. Les pistes de réflexion du Conseil européen la semaine dernière n'ont pas répondu aux attentes.
Les professionnels ne l'énergie n'ont visiblement pas été convaincus par la prestation de la semaine dernière du Conseil européen. "Je déplore qu'en fait l'Europe n'existe pas au niveau de l'énergie, c'est une mosaïque. Chaque pays a sa politique, chaque pays a ses priorités, il n'y a encore une fois aucune coordination, on ne peut que progresser dans ce domaine", a expliqué Henri Proglio, patron d'EDF, lors d'une audition à l'Assemblée nationale. C'est-à-dire que les quatre grands axes de réflexion qui sont sortis du sommet du 22 mai ne répondent pas aux inquiétudes du secteur. Ce dernier est fragilisé par la fragmentation du marché européen, qui impacte les prix et donc handicape des pans entiers de l'économie, comme la chimie.
Pourtant, à la veille de cette rencontre des dirigeants du Vieux Continent, les huit grandes entreprises européennes avaient lancé un "appel solennel", sous l'impulsion de GDF Suez. "Nous ne demandons pas des subventions, mais de la visibilité, des règles stables et homogènes en Europe, des objectifs quantifiés jusqu'en 2030 en matière de lutte contre le réchauffement climatique", avait ainsi déclaré Gérard Mestrallet dans le Monde. Un message que François Hollande a bien entendu. Le président français a ainsi appelé les Etats membres à abandonner leurs programmes nationaux de soutien aux énergies renouvelables, au profit d'une politique harmonisée.
Le problème est que les pays européens -France incluse- ont beau vouloir montrer de la bonne volonté, pour le moment les intérêts nationaux continuent de primer le marché unique. Ainsi, la décision unilatérale de l'Allemagne de sortir du nucléaire au profit des énergies renouvelables a eu des répercussions sur le marché européen. Autre exemple : la France a une attitude schizophrène puisqu'elle fait en sorte de garder les prix de l'énergie à des niveaux suffisamment bas, ce qui se fait au détriment des entreprises du secteur dont elle est actionnaire.
La semaine dernière, les dirigeants européens ont proposé quatre pistes pour débloquer la situation. Ils souhaitent "achever de toute urgence un marché intérieur de l'énergie interconnecté et pleinement opérationnel, faciliter les investissements nécessaires dans l'énergie, diversifier l'approvisionnement de l'Europe et accroître l'efficacité énergétique", a expliqué le Conseil dans un communiqué. Pour faire baisser les prix, les membres de l'UE proposent, par exemple, d'évaluer le recours au gaz de schiste. Sujet qui ne fait pas consensus entre les Etats: la France refuse tant qu'une alternative à la fracturation hydraulique ne sera pas trouvée, tandis que d'autres pays tendent les bras à cette nouvelle énergie économique, comme l'Angleterre, la Pologne ou la Roumanie. Ces derniers ont l'intuition qu'il ne faut pas passer à côté de la révolution énergétique, qui ouvre un boulevard aux Etats-Unis.
Autre grand point d'achoppement entre les industriels et les politiques : les énergies renouvelables. "C'est un faux marché (de l'électricité en Europe) qui est en fait le résultat d'arbitrage de subventions, puisque cette énergie qu'on a déjà payée par des subventions arrive lorsqu'on n'en a pas besoin et du coup détruit l'équilibre économique du marché", a ajouté Henri Proglio. Les industriels considèrent que les énergies renouvelables et intermittentes (solaire, éolien etc.) provoquent la baisse des prix de l'électricité sur le Vieux Continent. Une situation qui est précipitée par la faiblesse des prix américains de l'énergie, depuis que les Etats-Unis se sont lancés dans l'aventure du gaz de schiste.
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