WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux / Macro-économie / Taux-dette souveraine

Macro-économie / Taux
Macro-économie / Taux-dette souveraine

L'Italie dans la ligne de mire des agences de notation

L'Italie, qui devrait être dirigée par un gouvernement populiste d'ici quelques jours, doit voir sa note revue par les trois principales agences à l'automne prochain. Moody's, qui est la plus sévère en terme de notation, avait prévenu qu'elle dégraderait le pays si le Mouvement Cinq étoiles arrivait au pouvoir.
Rome - Italie
Rome - Italie

Trois mois après les élections, qui n'avaient donné lieu à aucune majorité dans la Botte, le scénario tant redouté par les marchés est finalement arrivé : les deux partis de l'extrême gauche et droite ont fini par s'entendre et décidé de gouverner ensemble. La Ligue, dirigée par Salvini et le Mouvement Cinq Etoiles, mené Di Maio devaient rencontrer cet après-midi le Président italien pour lui présenter le nom du Premier ministre et la composition du nouveau gouvernement. Deux noms circulent depuis quelques jours dans la presse pour occuper le poste de chef du gouvernement : le diplomate Giampiero Massolo et l'économiste Guido Tabellini, les responsables des deux partis populistes ayant accepté un compromis et laissé le siège à une personnalité considérée comme "neutre". Si les taux italiens à dix ans se sont tendus en fin de semaine dernière, lorsque les deux partis ont annoncé vouloir s'allier pour gouverner, les investisseurs semblent s'être apaisés depuis, estimant sans doute que les partis devront réaliser des compromis, notamment dans leur programme économique, afin de ne pas affoler Bruxelles.

Rappelons que la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles sont favorables à la remise en question de la réforme des retraites adoptée en 2011 sous le gouvernement Monti, sous la pression de Bruxelles. Que, par ailleurs, le M5S soutient l'instauration d'un revenu minimum universel et que la Ligue envisage de son côté de créer une 'flat tax' sur les revenus. "Tous les éléments sont réunis pour avoir une confrontation un peu vive entre un pays, qui est favorable à un relâchement, et même une révision des règles budgétaires, et Bruxelles, qui doit les faire appliquer sous le regard vigilant de Berlin", explique ainsi Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo. Mais, rappelle l'économiste, les deux partis ne disposent que d'une courte majorité à la Chambre et au Sénat (55% des sièges), ce qui devrait freiner leur volonté de remise en cause des précédentes réformes ; et leurs leaders devraient se souvenir des cas grec puis portugais en 2015 et 2016, qui après avoir adopté des positions anti-austérité très fortes, avaient dû renoncer sous la pression des marchés et de la Commission. "L'Italie n'est ni la Grèce ni le Portugal", rassure de son côté Yvan Mamalet, économiste à la Société Générale. Notamment parce qu'à la différence de la Grèce, elle est capable de se financer elle-même sur les marchés, et à des taux très bas. Ensuite parce que c'est le pays de la zone euro le moins dépendant des investisseurs étrangers. Ce qui devrait lui éviter un mouvement de sell-off important en cas de dégradation de sa situation budgétaire.

Bruxelles ne devrait pas être la seule à tirer la sonnette d'alarme en cas de programme budgétaire trop laxiste : les principales agences de notation ont toutes prévu de réviser la note du pays à l'automne prochain, le 31 août pour Fitch, le 7 septembre pour Moody's et le 26 octobre pour S&P. Le pays est noté BBB avec une perspective stable par S&P et Fitch mais Baa2 assorti d'un outlook négatif par Moody's. "Il y a de fortes chances pour que Moody's dégrade la note de l'Italie", prévient ainsi Yvan Mamalet, qui explique que la note italienne est sous perspective négative depuis deux ans, et que Moody's a pour habitude de trancher sur l'outlook d'un pays au bout de deux ans. Sachant que l'agence avait précisé en février dernier, "qu'à moins que les résultats (ndlr. des législatives) n'entraînent la formation peu probable d'un gouvernement mené par le Mouvement 5 Etoiles", elle ne s'attendait pas à un revirement économique dramatique pour le pays à court terme.

L'arrivée du M5S, et notamment la suppression de la réforme des retraites et un programme économique dispendieux, devrait inciter Moody's à dégrader la note du pays. Moody's pourrait d'ailleurs agir avant la date du 7 septembre, en réaction à l'annonce surprise d'un gouvernement populiste italien, estime encore Yves Mamalet. Certes, une dégradation de Baa2 à Baa3 de la part de Moody's ne devrait pas entraîner de large mouvement de sell-off. Mais elle augmenterait le risque pour le pays de voir sa note reléguée en catégorie spéculative. Ce qui forcerait bon nombre d'investisseurs à vendre leurs titres italiens. Au moment même où la BCE se retire des marchés, elle qui, en avril dernier, détenait 342 milliards d'euros de dette italienne.

Fort heureusement pour l'Italie, la solvabilité de sa dette - certes très élevée (132% du PIB) - n'est pour le moment pas en cause : en 2017, son déficit était de 2,3% du PIB. Par ailleurs l’Italie a toujours eu un excédent budgétaire primaire (solde hors charges d’intérêt) représentant 0.9% du PIB en moyenne. Il faut donc espérer comme le pensent les marchés, qu'elle parvienne à un compromis budgétaire avec Bruxelles. Ce qui, selon Bruno Cavalier, n'est pas inenvisageable. "A moins que le Trésor italien adopte des mesures irresponsables - ce qui serait contraire à toutes les traditions bien établies à Rome - un compromis avec Bruxelles n'est pas hors de portée sur la question budgétaire", conclut l'économiste.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article