L'escroquerie intellectuelle du taux de pauvreté
C'est la statistique du jour : 15 % des ménages français vivraient sous le seuil de pauvreté. Sans nier le phénomène de déclassement, ce chiffre n'a aucun sens puisqu'il s'agit d'une pauvreté relative.
Depuis ce matin tous les médias expliquent, en boucle, que 15 % des ménages français vivraient sous le seuil de pauvreté. Ce qui paraît considérable, voire effrayant. On en vient à imaginer une France revenue à l'époque de Zola ou d'Eugène Sue voire des Misérables, avec des millions de Cosette vivant d'épluchures de patates. C'est bien tout le problème de cette statistique établie par l'Insee et pourtant contestée par certains des meilleurs économistes.
Pourquoi ? Parce qu'en France on est considéré comme étant pauvre, dès lors que l'on perçoit un revenu inférieur à 60 % du salaire médian des français. Celui-ci étant désormais de 1.675 euros par mois (plus de 1.610 euros pour les retraités), il suffit donc de gagner moins de 1.005 euros pour être classé parmi les pauvres. On comprend dans ces conditions que cette cohorte de la pauvreté compte plus de 8,2 millions de français. Et cela explique que plusieurs ONG aient tenu à alerter les pouvoirs publics, en affirmant que près de 15 millions de français (soit un sur quatre) vivaient leurs fins de mois à 50 euros près.
Malgré tout, la rigueur de la science économique exige de démontrer les limites de cette statistique, pour ne pas parler d'escroquerie intellectuelle. Imaginons par exemple que du jour au lendemain on fixe à 50 % du salaire médian le seuil de pauvreté - ce qui n'aurait rien d'aberrant ou d'inhumain - le nombre de pauvres serait ... immédiatement divisé par deux. Pourquoi ? Tout simplement parce que du fait du temps partiel, du fait des effets de seuil, du fait des conditions de ressources pour certaines allocations, la plus grande partie de ces personnes à faibles revenus gagnent entre 830 et 1.000 euros.
Il y a une autre manière de démontrer l'absurdité de cette mesure de la pauvreté. Si par bonheur tous les revenus des français étaient subitement doublés, comme le seuil de pauvreté reste fixé à 60 % du revenu médian, le nombre de pauvres, ainsi qualifiés sur le plan statistique, resterait exactement le même, malgré le doublement du niveau de vie. Il y aurait donc le même nombre de pauvres, alors que la richesse du pays et de ses habitants aurait été multipliée par deux. Allez donc y comprendre quelque chose !
Enfin pour en finir avec cette statistique tellement galvaudée qu'elle a été transformée en idée reçue, sait-on qu'en retenant les mêmes critères, il y avait deux fois moins de pauvres dans l'Europe de l'Est, au moment de la chute du rideau de fer qu'en France aujourd'hui. Ce qui est aisément compréhensible. Car plus une société est égalitaire, moins il y a de monde dans les couches les plus basses des déciles statistiques.
Il serait donc temps que la machine administrative française abandonne cette référence, qui ne relève ni de la science, ni de l'économie, mais de la pure relativité. Ce n'est pas parce que mon voisin s'achète une Jaguar ou un yacht que je deviens pauvre. Au contraire j'aurais, en théorie, toutes les raisons de me réjouir. Il en est de même pour ces chiffres. Alors reléguons-les vite au magasin des accessoires inutiles et nauséabonds. D'autant plus qu'ils contribuent à faire perdurer ce climat anti-riches et cette jalousie purement hexagonale à l'égard de la réussite.
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17/09/2021 - 10:31

