LBO français : les fonds favorisent les cessions secondaires
Si quelques sorties de LBO en Bourse tiennent le haut de l’affiche, comme l’IPO d’Elior orchestrée en ce moment même par Charterhouse et Chequers, la réalité du marché français du private equity reste plutôt celle des cessions secondaires. Cela s’est par exemple manifesté dans la vente des biscuits Poult par LBO France à Qualium, le mois dernier.
Ce mois-ci, le fonds emmené par Robert Daussun a cédé le groupe de cliniques Medi-Partenaires à Medipole Santé, mais derrière ce groupe figure son actionnaire Bridgepoint, qui garde 70% de l’ensemble et boucle une opération de build-up structurante, en pleine consolidation du marché des cliniques en France. Les transactions de « buy-and-build » ont d’ailleurs le vent en poupe : elles ont représenté 34% des deals de private equity en Europe au premier trimestre, un plus haut depuis 2006 selon Dealogic. Une stratégie de recherche de la taille critique essentielle, à l’heure où le marché subit une contraction de ses marges.
Autre dossier emblématique dans la santé à l’heure actuelle: celui d’un autre acteur français des cliniques, Vedici, mis en vente par le britannique 3i et qui avait discuté avec Medi-Partenaires. Faute d’avoir noué une alliance industrielle, il se dirigerait vers un nouveau LBO et CVC Capital Partners pourrait être sur les rangs. Du côté des maisons de retraite, c’est le groupe de maisons de retraite DomusVi qui pourrait passer entre les mains de fonds de private equity. Le numéro trois français, derrière Korian-Medica et Orpea, attend 635 millions d’euros de revenus cette année et une marge d’Ebitda de 9,4%. Si on lui applique le multiple de 9 fois l’Ebitda prévisionnel comme pour le leader coté, cela le valorise autour de 540 millions d’euros, soit en dessous des 600 millions espérés par le vendeur. Charterhouse, ICG, PAI Partners et le fonds d’infrastructure Antin se seraient déjà positionnés pour cet autre candidat à la consolidation sectorielle.
Par ailleurs LBO France, qui est décidément très actif pour faire tourner son portefeuille alors qu’il est en train de lever un nouveau véhicule LBO d’1 milliard d’euros, est aussi en train de vendre WFS (Worldwide Flight Services). Il avait racheté cette ancienne filiale de services aéroportuaires à Vinci pour 315 millions d’euros, à l’été 2006, et a déjà consenti des waivers et commissions à l’automne dernier pour repousser l’échéance du prêt à octobre 2015. L’actionnaire veut donc passer à la vitesse supérieure, d’autant qu’avec une valorisation attendue entre 350 et 400 millions d’euros il attend un retour d'un peu plus de deux fois sa mise. La date du premier tour est fixée au 18 juin prochain et les candidats seraient déjà au nombre de quatre : Qualium, le britannique TDR Capital et deux américains, MidOcean Partners et Platinum Equity. Ce cas de figure montre bien la montée en puissance des fonds américains dans les LBO européens : 13 cibles européennes ont déjà été rachetées par des fonds US pour 8,7 milliards de dollars cette année, soit 37% de plus que l’ensemble de l’année 2013.
Si les dossiers cités sont d’une certaine envergure, les LBO large cap semblent néanmoins privilégier la route de la Bourse (comme Elior) ou de la vente industrielle. Ainsi, BC Partners détient avec Spotless Group un mastodonte des nettoyants et insecticides, qui a déjà connu deux LBO successifs. Lors du process de vente qui devrait être lancé, le fabricant des marques Eau Ecarlate, K2R et Decolor Top privilégie donc les offres industrielles, plus à même de générer de nouvelles sources de croissance. Energizer, Spectrum, SC Johnson ou encore Henkel seraient sur les rangs pour reprendre cet actif valorisé près d’1 milliard d’euros.
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