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Sur les marchés

Warren Buffett et Jamie Dimon vent debout contre les objectifs trimestriels

L’oracle d’Omaha et le patron de JP Morgan ont publié une tribune dans le Wall Street Journal dans laquelle ils appellent à la fin des objectifs de profits trimestriels. Une diatribe contre la loi des marchés, qui montre leur volonté de privilégier le long terme, même si les activistes ont aussi une responsabilité.
Warren Buffett et Jamie Dimon
Warren Buffett et Jamie Dimon

Chaque génération a pour responsabilité de laisser la suivante plus riche et prospère, et c’est la même chose pour les sociétés cotées et leurs actionnaires. C’est tout le raisonnement défendu par deux légendes américaines : Warren Buffett, l’emblématique investisseur octogénaire de Berkshire Hathaway, et Jamie Dimon, patron de JP Morgan et chairman de Business Roundtable. Cette organisation rassemble près de 200 CEO de grandes sociétés américaines, comme Mary Barra de General Motors, Larry Fink de BlackRock ou encore Jeff Immelt, à l’époque patron de General Electric, et a déjà publié ses « principes de gouvernance de bon sens » en 2016. Les deux hommes ont publié une tribune dans le Wall Street Journal, dans laquelle ils « encouragent » les dirigeants de sociétés cotées à envisager d’abandonner les objectifs de bénéfice par action trimestriels. Pour une raison très simple : « Selon notre expérience, les objectifs de résultats trimestriels conduisent souvent à un accent malsain sur les profits à court terme aux dépens de la stratégie de long terme, la croissance et la pérennité », affirment les deux dirigeants.

Et de rappeler que les entreprises américaines cotées sont un moteur indispensable de la croissance du pays, chiffres à l’appui : ces 4.300 groupes - soit une infime partie des 28 millions de corporates américains - représentent pourtant un tiers des emplois du secteur privé et la moitié des dépenses de capitaux des entreprises. Mais ces groupes sont soumis à la pression des marchés, qui sont devenus trop focalisés sur le court terme. Et ces objectifs de bénéfice par action contribuent à favoriser les profits - et par conséquent les distributions aux actionnaires - au détriment des investissements dans la R&D, la technologie ou encore la main d’œuvre. Et cela pour des raisons totalement indépendantes de la société et de ses dirigeants, comme les variations des matières premières ou la météo.

Ces contraintes ont contribué à la chute du nombre de sociétés cotées, ce qui est regrettable étant donné que plus de 100 millions d’Américains investissent dans les marchés pour leur retraite, expliquent Warren Buffett et Jamie Dimon. Pour eux, les publications trimestrielles et une transparence totale sont certes indispensables pour que les actionnaires évaluent l’évolution de leur activité, mais il conviendrait que les objectifs soient établis en fonction de leur activité, et non arbitrairement par les marchés.

« Réduire ou même éliminer les objectifs de profit trimestriel ne va pas, en soi, éliminer toutes les pressions à la performance à court terme que les sociétés américaines cotées affrontent », reconnaissent néanmoins les deux managers. On pense volontiers aux activistes, qui s’immiscent au sein des plus grandes sociétés et obligent les patrons à fixer des objectifs de rentabilité ambitieux et très rapides, au risque d’être remerciés s’ils ne s’exécutent pas. Mais cette source d’instabilité sera beaucoup moins facile à réguler que des objectifs de bénéfices triemstriels, donc autant commencer quelque part.

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