Spotify, ou l’entrée en Bourse contrainte et forcée
La rumeur courait depuis le printemps dernier, mais semble se confirmer. Selon plusieurs médias américains, le site de streaming musical Spotify aurait déposé une demande confidentielle d’entrée à la Bourse de New York, via un listing direct. Il ne s’agit pas donc pas d’une IPO à proprement parler, dans la mesure où le groupe suédois ne fera pas de levée de fonds. Cela va donc limiter le rôle des banques intermédiaires, qui ne pourront prélever de fees sur les montants placés. Ce type d’opération est très inhabituel et il comporte un risque majeur pour la société : comme elle ne peut pas tester son prix d’entrée auprès des investisseurs comme le font les banques teneuses de livres lors d’une IPO, elle prend le risque de décrocher si celui-ci n’est pas adapté. Par ailleurs, la SEC s’est elle aussi emparée du sujet l’an passé et s’est entretenue avec Spotify, afin de mettre en place des garde-fous et éviter que d’autres candidats plus fragiles au plan financier n’entrent en Bourse.
Pour autant, les challenges ne manquent pas pour Spotify, qui a perdu entre 120 et 240 millions de dollars pour 2,2 milliards de dollars de revenus. Le groupe, qui avait levé 1 milliard de dollars d’obligations convertibles auprès de TPG et Dragoneer Investment en 2016, se devait de leur offrir la voie d’une IPO pour entrer au capital. Au final, les deux ont converti leurs prêts en equity à une valorisation de 10 milliards de dollars, pour la revendre juste après pour 20 milliards au chinois Tencent, ce qui a réglé ce premier problème. Mais l’autre nuage qui pèse au-dessus du groupe est celui d’une action en justice de la part de Wixen Publishing, qui estime que Spotify n’a pas les licences pour des dizaines de milliers de titres et ne rémunère pas suffisamment les artistes, si bien qu’il réclame 1,6 milliard de dollars de dommage et intérêts. Mais ce litige ne devrait pas retarder le projet de mise sur les marchés du groupe suédois.
Quoi qu’il en soit, le cas Spotify est plutôt rare, dans un marché américain où les start-up les plus en vue n’ont pas de problème à lever autant d’argent qu’elles veulent. Résultat : nombre d’entre elles retardent leurs projets d’IPO, d’autant qu’elles bouclent des tours de table record en venture. Ainsi, l’IPO phare de 2017, celle du réseau social Snap qui a levé 3,9 milliards de dollars, reste moins importante que celle de WeWork, qui a collecté 4,4 milliards de dollars. D’autres licornes comme Airbnb, Uber ou Slack ont préféré avoir recours à ce mode de financement plutôt que de se lancer dans une longue et coûteuse introduction en Bourse.
Une autre IPO non tech s’est révélée très décevante : celle du service de repas en kits Blue Apron, qui est entré en Bourse à 10 dollars contre une fourchette de 15 à 17 dollars, et a perdu plus de 50% depuis. Au total, les IPO tech sont pourtant en hausse par rapport à un exercice 2016 certes moribond : elles ont levé 12,46 milliards de dollars via 37 deals, contre 4,3 milliards l’année précédente. Et les performances sont globalement satisfaisantes, en hausse de 21% l’an passé. Pour nombre d’experts, tout n’est qu’une question de temps et les start-up les mieux valorisées finiront par se présenter sur les marchés. En revanche, les investisseurs en Bourse pourraient se montrer plus circonspects face à des multiples stratosphériques que sont parfois prêts à accorder les fonds de venture. Une révision de leurs ambitions à la baisse n’est pas à exclure si elles veulent performer sur le long terme en Bourse.
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