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Déficit : un objectif "extraordinairement ambitieux" ?

La directrice du FMI a émis des doutes sur l'objectif français de ramener le déficit à 3% du PIB cette année. Preuve de cette inquiétude, les investisseurs restent prudents sur le marché actions, selon les analystes.
Le FMI ne sait plus en quelle langue s'exprimer pour faire comprendre à la France que ses objectifs de croissance sont totalement irréalisables ! Mercredi, le fonds annonçait une révision à la baisse de ses prévisions de PIB pour l'ensemble du Vieux Continent et notamment de la France. Ainsi, la zone euro devrait connaître un recul de 0,2% en 2013 contre une estimation initiale de +0,2%, tandis que la croissance française devrait tout juste atteindre les 0,3%, contre une prévision de 0,4% dévoilée par le FMI en octobre. Alors que l'institution de Washington a fait son mea culpa début janvier en reconnaissant que l'excès d'austérité plombait le taux de croissance des Etats et ne cesse de répéter, hier à la Grande-Bretagne et aujourd'hui au Danemark, de ralentir leurs programmes de rigueur, il a cette fois-ci mis la France en garde. Sa présidente Christine Lagarde a annoncé ce matin, lors d'une interview pendant le forum de Davos, que l'objectif de ramener le déficit du pays à 3% du PIB était "extraordinairement ambitieux". Une façon plus diplomate de suggérer que le gouvernement français aura le plus grand mal, voire ne parviendra jamais, à atteindre sa cible. La chef du FMI a également appelé les Européens ce matin à décider de "prendre un peu plus de temps", pour réaliser leurs programmes d'ajustement. Pour autant, malgré la défiance répétée des économistes et des institutions internationales à l'égard des objectifs de l'Hexagone (0,8% de croissance pour 2013), les marchés ne semblent pas s'inquiéter outre mesure du risque de récession français pour cette année. Ainsi, les obligations françaises continuent à s'échanger à des niveaux record, elles se traitaient aujourd'hui à 2,22% contre 3% il y a tout juste un an et le spread France-Allemagne s'est également sensiblement resserré sur un an : il est passé de 120 points de base à 59 pb aujourd'hui. Mais selon Eric Chaney, économiste en chef chez Axa, "le doute des investisseurs sur la soutenabilité de la dette française ne s'exprime pas sur le marché souverain mais bien plutôt sur celui de l'equity". L'économiste estime qu'il existe ainsi une divergence de plus en plus marquée entre l'indice boursier de l'Hexagone et celui de sa voisine outre-Rhin. Sur deux ans, entre janvier 2011 et aujourd'hui, le DAX s'est apprécié de 4,48% pendant que le CAC perdait 6,09%. "Les investisseurs sont notamment inquiets du traitement fiscal qui sera réservé aux entreprises dans les prochains mois", poursuit l'économiste, "et personne ne sait si la situation actuelle sera pérenne ou non". Dans ce contexte de grandes incertitudes, il est surprenant que le gouvernement ne revoie pas ses objectifs de croissance et de déficit pour 2013 ; car en cas d'échec à les atteindre, le retour de bâton pourrait être bien plus douloureux que si les autorités prenaient dès à présent les devants. D'autant qu'ils ont désormais la bénédiction du FMI pour le faire. "Cela fait trente ans que la France ne respecte pas ses objectifs budgétaires", termine Eric Chaney. François Hollande a donc souhaité cette fois-ci donner des gages de sa bonne volonté à rentrer dans les clous. Quitte à ne pas tenir ses promesses une fois de plus.
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