WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

La rigueur n'est pas un gros mot !

Le projet de loi de finances pour 2012 n'est pas à la hauteur de la situation. Surtout, il manque un véritable effort en termes de rigueur, voire d'austérité.
Ce matin, avant même d'exposer les détails du projet de loi de finances pour 2012, Valérie Pécresse, la Ministre du Budget, se défend de pratiquer de la "rigueur". Elle préfère mettre en avant le sérieux de son projet qui fait ressortir, pour la première fois depuis 1945, une baisse en valeur absolue des dépenses de l'Etat - hors charges d'intérêt et pensions - ce qui n'est pas une donnée très significative. Lundi soir, François Baroin, le Ministre de l'Economie et des Finances, s'exprimant dans le cadre très restreint des dîners de la Revue des Deux Mondes, s'est félicité à trois reprises de ne pratiquer ni rigueur, ni austérité. Curieuse attitude de la part du locataire de Bercy qui doit faire en sorte que les objectifs pluri-annuels pris à Bruxelles en matière de finances publiques, soient bel et bien tenus. Car aujourd'hui c'est sur ce point que repose la crédibilité des hommes politiques, tant vis-à-vis des citoyens, des électeurs, que des investisseurs, voire des agences de notation. On ne peut pas parler de rigueur, explique François Baroin, car "ce mot" nous renvoie au tournant pris par les socialistes en 1983 qui fût un constat d'échec, et qui est resté gravé comme tel dans les mémoires des français. Pourtant, depuis cette date, une génération est passée, et beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Faudrait-il donc s'interdire de faire un référendum, parce que celui de 2005 a été un échec ? Faudrait-il s'interdire de faire des réformes parce que les français sont conservateurs dans l'âme ? Où va-t-on avec de tels arguments, avec une telle méfiance envers les français ? C'est très bien de dire qu'on ne pratique pas la rigueur parce que les salaires des fonctionnaires sont maintenus et que le minimum vieillesse va augmenter de 25 %, comme s'y est engagé Nicolas Sarkozy (cf l'interview de Valérie Pécresse dans les Echos de ce matin). Cela permet peut-être d'éviter des cortèges de manifestants dans les rues ou des défilés "d'indignés" sur les grands boulevards. Mais, ce n'est pas cette absence de rigueur qui soutiendra la croissance. Ce n'est pas ce refus de l'austérité qui empêchera le budget de 2012 de ne pas respecter les engagements pris. Car si la croissance n'est que de 1 % l'an prochain et que les taux d'intérêt augmentent, il y aura à la fois moins de recettes fiscales et plus de charges d'intérêts. Il faudrait que nos experts de Bercy cessent de croire que la dépense publique soutient la croissance, parce que deux tiers des sommes engagées par le budget sont consacrées à de la redistribution. Vient un moment où le niveau des prélèvements est tel, et celui d'anxiété lié à la dette si important que les acteurs économiques cessent d'investir et de consommer. Alors que la rigueur, si elle est assumée, organisée, articulée et anticipée redonnerait confiance aux citoyens et restaurerait la crédibilité des politiques. Pour cela, il faudrait qu'elle cesse, une fois pour toutes, d'être un "gros mot" !
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article