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Un pari à 750 millions de dollars

L'IntercontinentalExchange acceptera de verser ces indemnités à NYSE Euronext si les régulateurs n'approuvent pas leur rapprochement. Une somme colossale, révélatrice des enjeux.
ICE est prêt à miser gros pour se faire une place dans le lucratif marché des dérivés. L'IntercontinentalExchange a ainsi accepté de payer 750 millions de dollars d'indemnités de rupture ("breakup fees") à NYSE Euronext si les autorités venaient à ne pas approuver leur rapprochement, officialisé jeudi. Une somme très importante -puisqu'elle correspond à 9,1% du prix du deal fixé lui à 8,2 milliards de dollars- qui donne des indications sur les modalités d'une telle alliance. Le montant engagé est d'abord le reflet de la sérénité affichée par les deux fiancées quant à la validation de leur dessein par les régulateurs. Les plateformes considèrent que leurs activités respectives sont suffisamment distinctes pour ne pas créer de déséquilibre concurrentiel. L'importance du montant en jeu est également caractéristique des difficultés que peut connaître une bourse lorsqu'un accord avec l'une de ses concurrentes n'aboutit pas. NYSE Euronext a ainsi tiré des leçons du passé. Les indemnités de rupture fixées lors de son rapprochement avec Deutsche Börse s'élevaient à 340 millions de dollars, pour une opération à 9,53 milliards. Un montant alors plus en adéquation avec les termes fixés pour d'autres deals. Selon une étude menée entre 2005 et 2012 par le cabinet américain Shearman & Sterling portant sur 58 alliances, le montant moyen des compensations représente 5,8% de la valeur de la transaction. La médiane s'établit même à 3,9%. La somme engagée par ICE reste certes en deçà en valeur de ce qu'a notamment proposé AT&T lorsqu'il a voulu absorber T-Mobile USA. Les 3 milliards de dollars de breakup fees versés par AT&T ont aidé l'entreprise de télécommunications à investir 4 milliards dans la modernisation de son réseau et à développer la 4G. Alors même que la fusion était estimée à 39 milliards. Encore plus fort, Google avait promis 2,5 milliards de dollars à Motorola Mobility en cas d'opposition des autorités de la concurrence. Soit une somme considérable au regard de 12,5 milliards de dollars que valait le rapprochement. L'arrangement conclu entre les deux bourses prend également en compte d'autres cas de figure. Si l'une d'entre elles venait à se retirer, il lui faudrait alors verser 450 millions de dollars à sa consoeur. Si NYSE Euronext souhait continuer l'aventure mais avec un autre partenaire, l'addition s'élèverait à 300 millions de dollars. Enfin, 100 millions pourraient être versés dans l'éventualité où les actionnaires de l'un ou l'autre des parties n'approuveraient pas le mariage, selon les documents déposés auprès de la SEC. L'accord prévoirait aussi qu'ICE continuera de traiter avec NYSE Euronext pendant deux ans, même si le deal venait à être bloqué ou que NYSE Euronext choisissait un autre partenaire, selon une source du Wall Street Journal. Des précautions justifiées. Même si l'affaire semble bien engagée, les obstacles commencent à se dresser. Deux recours ont été déposés vendredi pour s'opposer à la fusion. Un fonds de pension américain, le New Jersey Carpenters Pension Fund, a porté plainte auprès du tribunal de New York. Il reproche à NYSE Euronext, dont il détient des actions, de ne pas maximiser les rendements de ses investisseurs. L'autre est le fruit d'un actionnaire individuel, Samuel Cohen, qui espère également que le processus n'aboutira pas.
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