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Banques: les taux d'intérêt négatifs ont bon dos !
Les banques des pays développés doivent aussi faire leur part du travail, tel est le message transmis par le FMI dans son rapport sur la stabilité financière, publié hier soir. Si le fonds monétaire a reconnu que l'environnement actuel n'était pas sans difficulté pour les institutions financières, dans un contexte de croissance très faible, de taux bas voire négatifs et d'incertitudes concernant l'évolution de la régulation, il a également appelé les banques à prendre leurs responsabilités. Selon le FMI donc, la principale source de difficulté des banques européennes ne provient pas de la politique de taux négatifs menée par la BCE mais bien de problèmes inhérents aux institutions, et qu'elles devront résoudre au plus vite.
Dans son rapport, le FMI reconnaît tout de même les progrès accomplis par les banques des pays développés depuis 2008, citant notamment l'amélioration de leurs bilans et de leurs ratios de capitaux, avec des niveaux de liquidité et de financement nettement plus élevés qu'avant la crise. Mais leur profitabilité reste faible et représentera leur principal défi ces prochaines années."Les banques doivent générer des profits afin de garantir leurs niveaux de capitaux en cas d'inversion de cycle, mais également afin de continuer à assurer la solidité de leur bilan et s'adapter aux futures régulations". Les rendements sur actifs des banques (ROE) sont encore plus de moitié inférieurs à leurs niveaux moyens de 2004-2006 et les marchés ne sont visiblement pas très optimistes quant à leur capacité à remonter la pente, vu la valorisation des institutions financières, encore très basse comparée à la valeur de leurs bilans. Le ROE des banques a ainsi diminué de 11,4% en moyenne entre 2006 et 2015 et de 3% pour les plus grosses banques européennes et américaines."De nombreuses banques gagnent moins que ce que représentent leurs coûts en fonds propres. Elles vont donc avoir de plus en plus de mal à lever des capitaux privés, et risquent d'être de nouveau sous capitalisées", expliquent ainsi les économistes du FMI. Certaines banques se sont adaptées en réalisant d'importantes économies et en se débarrassant des activités qui ne constituaient pas le coeur de leur business. Les institutions financière américaines et du Nord de l'Europe ont ainsi réduit leurs dépenses opérationnelles de 30 à 35%, démontrant ainsi leur capacité d'adaptation.
Mais cela n'est pas encore suffisant. Ainsi même en cas de reprise de cycle, 25% des banques des pays développés resteraient fragiles et confrontées à des défis structurels majeurs, estime le FMI. Dans un scénario optimiste donc, où les profits bancaires augmenteraient grâce à la normalisation monétaire et la hausse des taux d'intérêt, où les dépenses en provisions diminueraient du fait d'une amélioration de la qualité de crédit des emprunteurs, et où les banques jouiraient d'une plus grande activité, 8500 milliards de dollars (8,5 trilliards) d'actifs bancaires européens seraient encore à risque. En somme la remontée des taux d'intérêt ne permettra pas à elle seule de régler les difficultés du secteur financier des pays développés, expliquent les économistes.
Pour faire face à ces défis, les banques devront donc mettre en place des réformes "courageuses" pour rebooster leur profitabilité à moyen et long terme, estiment les équipes du fonds monétaire international. Il leur faudra ainsi réduire leur niveau de prêts non performants tout en instaurant des mesures qui leur permettent d'accélérer le recouvrement des actifs en cas d'insolvabilité. Selon les calculs de l'institution intégrant les niveaux de prêts non performants actuels, l'impact de ces réformes en zone euro permettrait aux banques de passer de pertes de 85 milliards d'euros de capitaux à des gains de 64 milliards d'euros. Selon l'institution, les banques italiennes et portugaises sont plus particulièrement fragiles et devront instaurer des réformes rapidement pour éviter un effondrement du système bancaire.
Une amélioration de l'efficacité opérationnelle des banques leur permettrait également de soutenir leur profitabilité à moyen terme, notamment en rationalisant leurs réseaux et en consolidant leurs différentes branches. Les branches où les niveaux de dépôts sont trop faibles devraient fermer : si la rationalisation avait lieu, -basée sur le niveau de dépôt moyen assurant aux branches une rentabilité suffisante- un tiers des branches européennes seraient fermées. Ce qui réduirait les dépenses opérationnelles des banques de 18 milliards de dollars, voire de 42 milliards si elles s'alignaient sur le niveau de dépôts moyen des banques nordiques...Les banques devraient enfin rationaliser leurs coûts de financement en ajustant davantage les taux imposés aux prêteurs à l'environnement économique.
Le rendement des banques des pays développés progresserait de 15 points, soit 43 milliards de dollars de profits supplémentaires, si toutes ces mesures étaient progressivement mises en place, conclut le FMI. Il pourrait même doubler si ces réformes sont instaurées dans un contexte de reprise cyclique. Les banques ne devront en tous cas pas uniquement compter sur un redémarrage économique et une hausse des taux d'intérêt pour voir leurs profits s'améliorer, termine le FMI, pour qui les réformes structurelles sont donc essentielles afin d'assurer la solidité globale du secteur financier européen.
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