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Le “wishful thinking” de Vivendi

Le siège du groupe de médias a subi une perquisition en lien avec l’affaire Mediaset, tout comme Natixis, mais joue la sérénité. En réalité, il est de plus en plus embourbé dans ce dossier italien qui mêle politique, judiciaire et intérêts stratégiques. Le coup de poker est pour l’instant un mauvais investissement.
Vivendi
Vivendi

Le dossier Mediaset a beau s’envenimer de jour en jour, Vivendi ne dévie pas sa communication d’un iota. Jeudi, le groupe de médias a révélé avoir fait l’objet d’une perquisition en lien avec la plainte de la famille Berlusconi sur le dossier Mediaset, qui l’accuse de manipulation de cours. Mais l’entreprise de Vincent Bolloré persiste et signe, affirmant être entrée « de manière légale et transparente » chez son concurrent italien et attendre « avec sérénité la conclusion de ce différend ». Par ailleurs, des sources italiennes ont indiqué que les locaux de Natixis, la banque qui aurait été mandatée pour faire monter Vivendi de 3% à un bloc de 20% en décembre dernier, auraient également reçu la visite de la police française.

Il ne s’agit finalement que d’un énième épisode dans ce feuilleton judiciaire franco-italien, qui implique l’autorité des marchés financiers, la Consob, et l’autorité de régulation des communications, l’Agcom. La première a considéré mi-septembre que Vivendi détenait un contrôle de fait sur Telecom Italia, dont il contrôle 24% du capital mais aussi deux tiers des membres du conseil d’administration. Cela obligerait le français à l’intégrer dans ses comptes ainsi que ses 25 milliards d’euros de dette, ce qu’il veut éviter à tout prix. Vivendi a fait appel de cette décision et offert une aigre concession, celle de loger cette participation dans un véhicule indépendant. De son côté, l’Agcom italienne lui reproche cette influence au sein de cet actif stratégique italien, et lui a demandé de ramener sa participation à 10% du capital. L’enjeu est de taille : s’il venait à être débouté, Vivendi s’exposerait à une amende équivalente à 5% de son chiffre d’affaires, soit 540 millions d’euros.

Vincent Bolloré et Arnaud de Puyfontaine, le président du directoire de Vivendi, ont opté pour la méthode dure dans ce dossier, ce dernier affirmant même que « l’échec n’est pas envisageable ». Vivendi estime en réalité pâtir de la dégradation des relations franco-italiennes depuis que le nouveau gouvernement français a décidé, en juillet dernier, de nationaliser les chantiers navals STX plutôt que de consentir à la reprise par l’italien Fincantieri. Le français aurait donc subi les représailles des italiens, et espère une solution à ce dossier épineux pour avancer dans sa stratégie italienne.

Reste que l’investissement dans Mediaset n’est pour l’instant pas une bonne opération pour Vivendi. Plus d’un an après avoir remis en cause le rachat de Mediaset Premium et l’échange de parts entre les deux groupes, Vincent Bolloré n’a pas vraiment avancé dans son projet de faire émerger un Netflix européen, capable de concurrencer les mastodontes américains qui investissent de plus en plus dans le Vieux Continent. Et au plan financier, son investissement est dans le rouge, en raison de la pression sur le titre Mediaset : à fin juin, Vivendi affichait une moins-value latente de 88 millions d’euros dans ses comptes, une perte potentielle qui s’est encore dégradée dans la mesure où le titre s’est encore replié de 15% depuis. Mais les investisseurs de Vivendi font preuve d’une indulgence à toute épreuve : le cours du groupe tutoie toujours les 21 euros, soit un PER de 27 extrêmement généreux au regard du secteur et surtout du manque de perspectives positives à court terme dans ce bourbier italien.


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