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Microsoft donne de la voix avec Skype

Skype s'offre un avenir de croissance rentable en se vendant à Microsoft pour 8,5 milliards de dollars, tandis que le géant américain se relance dans la course du mobile face à Google.
Le CEO de Microsoft, Steve Ballmer, a dû savourer un instant de victoire dans la nuit de lundi à mardi, lorsqu'il a finalement convaincu les actionnaires financiers et les cofondateurs de Skype de céder leurs parts pour 8,5 milliards de dollars. Cette offre valorise le groupe à 10 fois ses revenus 2010, alors qu'il avait quasiment atteint l'équilibre. Mais le multiple importe peu pour Microsoft, car il s'agit d'une opération structurante, et vitale pour les deux parties. Du côté de Skype tout d'abord: l'entreprise a déjà 8 ans mais n'a pas encore trouvé une façon de monétiser sa technologie innovante. Force est de constater que sa survie était indissociable de l'adossement à un grand groupe, aux services complémentaires. L'entreprise avait certes déjà envisagé une IPO l'an dernier puis en janvier, mais les fonds cherchaient le moyen de sortir plus vite. Une cession était donc le moyen de pérenniser la stratégie de la société et de disposer de moyens financiers décuplés. Le choix du repreneur a été plus compliqué. De récentes rumeurs faisaient état de la candidature de Google et Facebook. Mais le réseau social n'avait pas la surface financière suffisante, et c'est son actionnaire à 1,6% qui a sorti le chéquier. Une façon de protéger la firme de Mark Zuckerberg face à Google mais aussi de damer le pion à son ennemi juré, qui lorgnait sur Skype pour compléter Google Voice. Microsoft n'a cependant pas cédé aux sirènes de la spéculation car les synergies sont immenses entre les deux groupes. "Microsoft pourra intégrer à son activité BtoB des outils collaboratifs essentiels comme la visio-conférence, et ajouter une brique interactive à son offre Internet BtoC, dont Bing est le fer de lance", commente Virginie Lazès de la banque d'affaires Bryan Garnier. La vidéo de Skype pourrait donc être utilisée pour des fins aussi diverses que permettre des échanges de données professionnelles via son produit phare, Office, ou encore être connecté aux consoles XBox360 et Kinect pour développer des jeux en réseaux. Surtout, Microsoft fait un véritable "coup" dans le domaine des téléphones mobiles, clé de la croissance de demain. "Dès 2013, les mobiles représenteront 50% des usages de l'Internet", avance Virginie Lazès. Or, le géant américain était jusqu'à présent à la traîne, puisqu'il s'est montré trop frileux avec son Windows Phone 7 et n'a pas réussi à concurrencer l'iPhone d'Apple et surtout l'Androïd de Google, nouveau leader. En intégrant Skype et ses services dans son système d'exploitation, Microsoft pourrait créer un nouvel appétit pour ses Smartphones et se relancer dans la course du mobile. Reste que cette "success story" de la Silicon Valley, qui propose des appels gratuits ou très peu élevés à plus de 600 millions d'utilisateurs, représente toujours une menace pour les opérateurs de télécoms, ce qui pourrait poser problème à son acquéreur. Mais Microsoft a beaucoup de ficelles pour rentabiliser sa filiale, ce qui justifie cette opération. Et surtout le plaisir de souffler à Google un actif différenciant.
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