Vincent Bolloré peut-il rebondir dans les télécoms ?
Les temps sont décidément difficiles pour Vincent Bolloré. Outre ses problèmes judiciaires – il a été mis en examen pour des faits supposés de corruption dans l’attribution de concessions portuaires à Bolloré en Afrique la semaine dernière – il vient de perdre une bataille emblématique. L’AG de Telecom Italia a ainsi voté ce vendredi pour la liste d’administrateurs de l’activiste Elliott, si bien qu’il a perdu la majorité du board et n’aura plus la voix prépondérante qu’il avait au sein du groupe. C’est une des premières grandes victoires d’un activiste en Europe, dans un dossier très médiatisé et politique, où le gouvernement italien était ouvertement hostile à Vivendi, après son entrée surprise au capital de l’opérateur télécoms.
Il montre à quel point les pouvoirs publics – mais aussi l’ancien Premier ministre Silvio Berlusconi – ont encore une mainmise sur les affaires du pays. Cela compromet le projet de joint-venture entre Telecom Italia et Canal Plus, qui avait déjà suscité l’ire de la Consob italienne. Le groupe français est d’ailleurs bloqué dans le cadre du litige judiciaire qui oppose Canal Plus et Mediaset Premium, où le groupe de Berlusconi réclame 3 milliards d’euros de dommages et intérêts et où toutes les discussions sont interrompues.
L’ambition que caressait Vincent Bolloré de créer un Netflix européen – à savoir un grand groupe intégré de contenus, médias et télécoms - est donc dans l’impasse. En 2015, il avait identifié Telecom Italia comme une cible sous-valorisée, dont la position de choix dans son pays laissait envisager d’en faire la base de ce grand projet. Mais pour le moment, les synergies avec Vivendi ont été peu activées, et n’ont pas empêché le développement très rapide de la société californienne en Europe. Si le marché américain des télécoms est à nouveau en voie de consolidation, le marché européen est nettement à la traîne, avec pas moins de 100 opérateurs, mais l’homme d’affaires breton n’a pas forcément besoin ni envie de participer au big-bang des opérateurs télécoms.
L’alternative peut être pour lui de se positionner dorénavant comme l’activiste chez Telecom Italia : un actionnaire minoritaire remuant, qui bataille pour faire aboutir sa stratégie. A cet égard, il pourrait préférer voir rester le CEO Amos Genish, qui avait pourtant indiqué qu’il présenterait sa démission en cas de victoire d’Elliott. Et faire prospérer le plan stratégique 2018-2020 que Vivendi a mis en place avec la direction, afin de faire revenir le cours à un niveau attractif et vendre à très bon compte. Free, qui va devenir le quatrième opérateur télécoms du pays d’ici à cet été grâce aux actifs Wind et 3Italia, pourrait être intéressé pour atteindre une taille critique dans un marché, on l’a vu, complexe.
Enfin, Vivendi peut se reconcentrer sur la filiale qui a aujourd’hui le plus le vent en poupe : Universal Music, dont le directoire et le conseil de surveillance envisageront l’IPO lors de la réunion du 17 mai. Une belle voie pour monétiser cet actif aux résultats impeccables, et qui lui donnerait les moyens de ses prochaines ambitions.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

