Emission à long terme de bon augure avant les élections
Si l'écart de taux entre la France et l'Allemagne avait dépassé les 70 points de base à la veille du premier tour des élections présidentielles, les investisseurs semblent désormais plutôt confiants quant au résultat final de dimanche soir. Le spread s'est ainsi sensiblement resserré depuis deux semaines pour atteindre aujourd'hui autour de 45 points de base. La victoire de Le Pen, qui aurait un impact extrêmement négatif sur les taux français, semble écartée, comme l'a souligné également ce matin le succès de l'émission de long terme du Trésor. Les investisseurs ont ainsi largement souscrit et permis à l'AFT de lever pour 8 milliards d'euros de titres à des rendements en baisse par rapport à la dernière émission de long terme début avril.
Ainsi, l'agence a émis pour 3,88 milliards d'obligations à 10 ans à un taux de 0,81% contre un rendement de 0,97% le 6 avril, pour 2,185 milliards de titres à 13 ans à 1,07% contre 1,31% pour des obligations à 14 ans il y a un mois et pour 1,93 milliard de titres à 19 ans à un taux de 1,49% contre 1,61%. Les taux ont donc diminué de 15% en moyenne en l'espace d'un mois, alors que le scénario tant redouté des investisseurs d'un duel Mélenchon/Le Pen est écarté et que la victoire de la candidate d'extrême droite dans deux jours semble très peu probable. La demande a d'ailleurs été plus de deux fois supérieure à l'offre sur chacune des échéances proposées par le Trésor, soit plus importante également que début avril. "La demande a été particulièrement forte sur la partie longue", explique ainsi Patrick Jacq , stratégiste chez BNP Paribas, ce qui montre selon lui que l'appétit pour la dette françaises est encore très important.
A ce tire, les investisseurs japonais, qui représentent le deuxième plus gros détenteur de dette française après le Royaume-Uni et qui s'étaient partiellement retirés du marché obligataire français depuis le début de l'année, en raison des incertitudes politiques, pourraient revenir dans les prochains mois. "Je ne serai pas surpris de voir un mouvement de réinvestissement de la part des comptes asiatiques dans les prochains mois", poursuit le stratégiste. Il faudra attendre la publication de ces statistiques sur le site du ministère des finances japonais pour connaître l'impact des élections françaises sur les décisions d'investissement des nippons sur le marché obligataire de l'Hexagone.
En attendant, les taux devraient continuer de baisser si Emmanuel Macron est effectivement élu dimanche soir, avant de se stabiliser autour de 0,8% pour le dix ans français, selon les stratégistes. Les marchés devraient « pricer » l’effet d’une présidence Macron, estime ainsi de son côté Stefan Kreuzkamp, chief investment officer chez Deutsche Bank. "Le spread France-Allemagne devrait alors rapidement se réduire et retrouver les niveaux atteints avant que ces mêmes marchés ne commencent à anticiper une possible victoire de Le Pen qui pousserait la France hors de la zone euro".
Une bonne nouvelle pour le prochain président puisqu'une forte hausse des taux aurait risqué de remettre en cause le scénario de taux sur lequel le programme de stabilité envoyé à Bruxelles est fondé. Selon ce document en effet, le rendement moyen des titres à dix ans devrait atteindre 1,3% cette année, avant de grimper à 2,1% en 2018 puis 2,9% en 2019. Pour l'instant les titres français se sont adjugés en moyenne à un rendement de 0,74% depuis début janvier selon le site de l'AFT.
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