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Il y a bien un problème Lagardère

Le groupe, qui exerce des métiers protégés par la tourmente actuelle (l'édition, la radio et même l'aéronautique), se livre à un deuxième profit warning et à une inquiétante valse des dirigeants.
Pour l'heure, la communauté financière est obnubilée par l'idée qu'il y a bien un problème chez Lagardère, et que ce groupe, pourtant présent dans des métiers où les cash flows sont réguliers, doit être bien mal géré pour être contraint de réviser en baisse, pour la seconde fois, ses perspectives de résultat pour 2011. Mais il faudra bien, à un moment ou à un autre, convenir que le problème, c'est Arnaud Lagardère lui-même. Non pas son mode de vie, dont tout le monde se moque. Mais sa capacité à faire travailler ensemble des managers de talent. Qu'on en juge : en l'espace de quatre mois, trois de ses principaux patrons de branches ont disparu. "Out" au mois de juin, Olivier Guiguet qui dirigeait, certes sans grand succès, Lagardère Unlimited. "Out" pendant l'été, Jean-Louis Nachury, président de Lagardère Services, officiellement parti à la retraite. "Out" Didier Quillot, pourtant repéré il y a longtemps par Jean-Luc Lagardère (c'était peut-être cela son tort ?) Seul à ce jour Arnaud Nourry, patron de Lagardère Publishing, est toujours à son poste ! Tout cela rappelle étrangement l'histoire de ce roi qui perdait bataille sur bataille et faisait exécuter ses généraux, les uns après les autres, jusqu'au jour où il s'est aperçu qu'il n'avait plus personne pour combattre avec lui. Ce qui l'obligea à se rendre à l'ennemi. Aujourd'hui les analystes, les investisseurs et les opérateurs s'inquiètent du nouveau profit warning, attribué un peu facilement à "un environnement général très volatil". Ce qui entraîne une chute de 7 % du titre et ramène la valorisation du groupe à 2,4 milliards d'euros (soit à peine plus que ses 7,5% dans EADS et ses 20% dans Canal +). Plutôt que prendre la poudre d'escampette et de voter avec les pieds, les grands investisseurs seraient mieux avisés de tenter de reprendre le contrôle des opérations, en mettant la pression sur le commandant de ce bateau ivre. Surtout, le plus urgent est de tout mettre en oeuvre pour qu'Arnaud Lagardère, qui a fait la preuve de sa difficulté à faire travailler ensemble des dirigeants de qualité, ne devienne pas le patron d'EADS, au moment où le carnet de commandes de ce fleuron franco-allemand est au firmament. Ni les pouvoirs publics français, ni les autorités germaniques ne peuvent prendre le risque de confier à un dirigeant si peu "successful" la barre de ce navire-amiral de l'aéronautique européenne. Il y a quelques semaines, Arnaud Lagardère avait assumé sa volonté d'être un patron "atypique". Ce serait mieux pour tout le monde si, de surcroît, il était compétent.
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