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Arrêtons la perfusion des banques européennes !

La BCE a trop longtemps servi de perfusion aux banques fragiles; les Etats doivent maintenant prendre leur responsabilité.
Le montant est tombé hier soir : les banques espagnoles auront besoin de 25,6 milliards d'euros dans le meilleur des scénarios et 51,8 milliards d'euros dans des conditions de stress extrême, selon le cabinet d'audit Roland Berger. Oliver Wyman est un peu plus pessimiste et estime qu'elles auront besoin de 62 milliards dans le cas où l'économie se contractait de 6,5% pendant les trois prochaines années et que les prix de l'immobilier chutaient de 60%. Mais selon Aaron Tornell, professeur à l'université UCLA aux Etats-Unis et Frank Westermann, chercheur à l'université d'Osnabruek, cette aide ne servira à rien. "Sans une réforme institutionnelle des Etats, ce plan d'aide ne fera qu'exacerber la 'tragédie de communs'" expliquent les chercheurs. "Tout endroit où le droit de propriété n'est pas respecté, les agents tendent à utiliser les ressources mises en commun à outrance", poursuivent-ils. Or le système monétaire de la zone euro, où chaque banque nationale a la possibilité d'emprunter autant de monnaie que voulu, à condition que les institutions financières nationales aient un bilan sain et possèdent du collatéral éligible entraîne typiquement ce type d'excès, selon les chercheurs et risquent de mener à une crise bien plus profonde que celle que connaît l'Europe depuis plus de deux ans. Le fait que la supervision bancaire se fasse au niveau des Etats et que les règles de collatéral soient extrêmement souples poussent l'Europe vers la "tragédie des communs" ; considérons une banque en manque de capitaux et qui ne parvient plus à accéder au marché. Au lieu de le dévoiler, l'institution financière centrale aura plutôt tendance à étendre les lignes de crédit auprès de cette même banque fragile et faire porter la responsabilité sur les autres. Plusieurs mécanismes de crise ont facilité cette déresponsabilisation des banques nationales : le "full-allotment tender" mis en place en octobre 2008, qui permet d'emprunter sans limite, contrairement à avant la crise Lehman où le montant était fixé à l'avance. Le système Target II de compensation ensuite, introduit en novembre 2007 et qui permet aux banques centrales de s'emprunter entre elles via une plateforme par laquelle les échanges transitent. Ceci permet aux banques des PIIGS d'imprimer plus de devises que ce qu'elles pourraient si elles fonctionnaient en vase clos. Les LTRO à trois ans, qui ont permis d'injecter près de 1000 milliards d'euros de liquidités fraiches dans le système bancaire. Toutes ces mesures ont certes aidé à éviter une crise du crédit profonde, selon les chercheurs. Mais n'ont pas été accompagnées de réformes fiscales et structurelles adéquates. "Quand un pays a accès à des flux de capitaux privés en montants illimités, il devrait être contraint d'y répondre par des réductions de ses dépenses et de son déficit. D'un point de vue historique, soit un Etat accomplit ces réformes, soit le marché les lui impose." Il était donc urgent que les Etats mettent en place des réformes budgétaires vigoureuses comme celles qui sont progressivement mises en place par les gouvernements du Vieux Continent, afin de se préparer à un retrait progressif de la BCE. Car elle ne pourra pas indéfiniment fournir du cash, au risque de voir son système exploser en vol, le jour où les pays les plus prêteurs décideront de stopper leurs prêts.
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