Chine/Etats-Unis : les représailles commencent avec Blackstone
C’est un geste fort de symboles. Dans un document envoyé à la SEC, le fonds de private equity américain Blackstone a révélé que Beijing Wonderful Investments, un véhicule appartenant au fonds souverain chinois CIC, avait vendu tous ses titres, et a ainsi soldé 11 ans comme actionnaire de l’investisseur alternatif. Cette vente a eu lieu quelques semaines avant que Donald Trump n’annonce la mise en place de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, mais alors qu’il avait déjà attaqué clairement la Chine et estimé qu’une guerre commerciale était non seulement bonne mais « facile à gagner ».
Le fonds souverain chinois avait investi 3 milliards de dollars pour entrer au capital de Blackstone peu avant son IPO en 2007, afin de diversifier les 1 200 milliards de dollars de réserves en devises étrangères. Une étape importante, car le pays achetait aussi des actions d’un groupe étranger pour la première fois depuis la Deuxième Guerre Mondiale. Depuis, le fonds américain s’est développé plus que tout autre dans l’Empire du Milieu et Steve Schwarzman a lui-même investi dans le pays, par exemple en allouant 117 millions de dollars pour créer un master à son nom dans une université de Shanghaï.
L’homme d’affaires a profité de ses liens privilégiés avec le gouvernement chinois pour renforcer les liens entre les deux pays, mais lors de la dernière élection présidentielle, ce soutien républicain s’est refusé à financer la campagne de Donald Trump. Depuis l’accession de ce dernier à la Maison Blanche néanmoins, Steve Schwarzman a été appelé comme responsable du comité politique et stratégique de patrons autour du Président. Lors de la première réunion, ces derniers ont essayé de le convaincre que la Chine ne manipulait pas sa monnaie, mais le conseil s’est dissous en août, après les propos de Donald Trump sur Charlottesville. Depuis, ce dernier a multiplié ses attaques envers la Chine sur Twitter, notamment sur la taille du déficit commercial avec le pays dirigé par Xi Jinping.
Il a finalement mis en œuvre la politique protectionniste qu’il avait défendue lors de sa campagne, avec les tarifs douaniers instaurés sur l’acier et l’aluminium. Et a surtout frappé un grand coup en bloquant lui-même la fusion à 117 milliards de dollars entre Broadcom et Qualcomm dans les semi-conducteurs, pour des questions de sécurité nationale. La dégradation des relations entre les Etats-Unis et la Chine a mis Steve Schwarzman, un proche de Donald Trump qui dîne régulièrement dans sa résidence de Mar-a-Lago en Floride, dans une position délicate. Outre ses liens politiques avec les plus hauts dirigeants du pays, sa firme Blackstone a largement bénéficié de ses liens avec le pays de Xi Jinping, notamment en juin 2017, lorsqu’elle a vendu le groupe de logistique Logicor au fonds souverain chinois CIC, pour 13,8 milliards de dollars.
Mais force est de constater que l’intérêt chinois pour les cibles américaines et même occidentales faiblit, en raison de relations diplomatiques tendues mais aussi du surendettement des grands conglomérats chinois. Les rachats d’entreprises américaines par les Chinois ont ainsi reculé de 90% en 2017, à 8,7 milliards de dollars, un plus bas depuis six ans. Et cela ne devrait pas aller en s’arrangeant, ce qui rend le rôle de Larry Kudlow, le nouveau conseiller économique du Président, d’autant plus essentiel.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

