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Montebourg, en guerre contre Bruxelles
Le ministre du redressement productif a décidé de reprendre sa campagne médiatique contre Bruxelles. Quelques mois après avoir accusé Barroso d'être " le carburant du Front National ", il a cette fois-ci porté le coup contre le commissaire à la concurrence Joaquim Almunia, avec qui il a eu quelques échanges de courrier salés. La publication par Montebourg des lettres envoyées et reçues ainsi que ses sorties violentes contre Alumnia hier devant quelques journalistes étrangers ne sont pas anodines, à quelques mois des élections européennes. Le ministre du redressement productif reprend ainsi la ligne politique d'une partie de la gauche, anti-européenne et souverainiste, qu'il avait tenue lors de la campagne des primaires socialistes. A savoir, la dénonciation de responsables européens omniprésents et dont le contrôle sur les politiques des Etats dépasse les pouvoirs pour lesquels ils ont été élus.
C'est d'ailleurs en filigrane le principal reproche adressé par le ministre au commissaire à la concurrence dans son courrier du 14 janvier : Montebourg explique tout de go qu'en matière de contrôle des aides, "les Etats membres mais également le Parlement ont une meilleure légitimité " que la Commission et qu' "une telle compétence aux conséquences aussi considérables ne devrait pas être détenue par des juristes appliquant -et même inventant- des règles ". Depuis quelques mois, le ministre tente en effet de faire assouplir le fonctionnement de la Direction générale de la Concurrence et d'encadrer les pouvoirs de la Commission dans ce domaine. Sans succès.
Faute d'être entendu, le ministre s'est donc lancé dans une diatribe anti Bruxelloise auprès d'un groupe de journalistes majoritairement étrangers hier : " j'ai décidé de monter sur le ring, parce qu'il y a un enfermement de la Commission dans son intégrisme idéologique ; nous sommes nombreux à demander la réforme du système des aides d'État pour que l'Union européenne s'adapte à la mondialisation, et nous n'obtenons rien ! " Et d'accuser la commissaire, à l'occasion du même entretien, d' "autisme" et d'"intégrisme". Joaquim Alumnia n'a pas manqué de répliquer aujourd'hui dans un communiqué : "certains hommes politiques n'ont toujours pas compris qu'on ne revitalisera pas l'économie européenne de façon défensive, par le protectionnisme ou le nationalisme, mais au contraire par une approche offensive, en redynamisant la croissance".
Pourtant selon un membre de la Commission, le réquisitoire de Montebourg contre le contrôle des notifications, auprès de Bruxelles, des aides d'Etat est malvenu. Dans son courrier, le ministre du redressement productif reproche en effet à la Commission le seuil de 200 000 euros d'aides, qu'il juge trop faible et non indexé sur l'inflation, alors que de nombreuses entreprises ont besoin d'être aidées et que ce genre de démarches de notification est pesant pour les sociétés. Or explique un responsable bruxellois, un prochain règlement européen devrait justement étendre les entreprises qui pourront être exemptées de ces démarches. De plus, la commission n'est pas la seule responsable des montants attribués par l'Etat aux entreprises puisque dans certains pays comme en Finlande, l'aide représente 1,4% du PIB contre 0,7% en France, alors que les deux Etats sont soumis aux mêmes règlements.
En attendant, le ministre du redressement productif a trouvé une nouvelle occasion de faire parler de lui en marge du débat sur le pacte de responsabilité, et marque le territoire pour la gauche de son parti. Il a également fait fi des recommandations de François Hollande, qui, lors de sa conférence de presse il y a dix jours, a vertement critiqué les membres de son gouvernement qui prononceraient des propos anti européens. Le commissaire à la concurrence a d'ailleurs souligné cette divergence de ligne politique au sein du PS en déclarant suite aux propos de Montebourg hier : "les opinions exprimées par M.Montebourg sont visiblement très différentes de celles de beaucoup de ses collègues. D'autre part, le président Hollande a bel et bien choisi une stratégie offensive en optant pour une politique de l'offre."
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