Daniel Cohen, économiste schizophrène
Le meilleur économiste de France, par ailleurs senior advisor de Lazard Frères, écrit dans le Monde le contraire de ce qu'il a fait en Grèce.
Etonnante lecture dans le quotidien Le Monde du 8 juillet publié hier soir, sous la plume de l'économiste Daniel Cohen, sans doute l'un des meilleurs économistes de France. Un économiste qui, en outre, a le rare talent de se faire comprendre par le plus grand nombre, puique son dernier ouvrage, la prospérité du vice, figure en tête des meilleurs livres d'économie vendus, avec un tirage de 80.000 exemplaires.
Dans cet article, Daniel Cohen tire la sonnette d'alarme sur la violence de certains plans de rigueur annoncés ou en cours d'élaboration au sein de pays riches. Plans qui, assure-t-il, ne visent qu'à rentrer dans les "clous" fixés par le marché, ou par le pacte de stabilité européen, à la manière des grandes puissances occidentales qui, au début des années 30, ont fait des efforts désespérés pour maintenir leur lien historique avec l'étalon-or, avant de céder à la facilité de la dévaluation.
Cet article, qui pose de vrais sujets, en les effleurant seulement, notamment sur la manière de pratiquer la rigueur, est très étonnant lorsque l'on sait qu'il a été écrit par celui qui, pour le compte de Lazard, a été le principal artisan du plan de sauvetage grec. Plan dont on sait déjà qu'il est insoutenable pour le pays et qu'il n'a en rien sauvé cette nation, qui va devoir mener d'ici peu une restructuration drastique de sa dette.
Mais Daniel Cohen va trois fois trop loin dans son papier iconoclaste. Primo, contrairement à ce qu'il assure, les pays riches ne peuvent pas continuer de vivre encore un ou deux ans avec des déficits budgétaires à 10 % du PIB. Bien sûr, assure-t-il, en termes de charges d'intérêts ce n'est pas un problème. Mais il oublie que ces déficits constituent du futur stock de dettes publiques. Des dettes qui étoufferont durablement la croissance. En outre, c'est bien de vouloir emprunter, encore faut-il pouvoir le faire et trouver des créanciers qui acceptent de prêter.
Secundo : le parallèle avec les années 30 est très tentant, mais si cela fait curieux de voir Daniel Cohen comparer l'euro avec l'étalon-or, jamais il n'ose franchir le pas: la compétitivité qui forme la croissance dépend pour beaucoup des parités de change. Et la force de l'euro au cours des dix dernières années a été mortifère pour la croissance de l'Union Européenne. Alors pourquoi s'est-il donc battu pour maintenir la Grèce dans la zone euro ?
Tertio : bien sûr qu'une rigueur à l'allemande, qui fait d'ailleurs tousser l'opinion publique, n'est pas souhaitable. Mais un plan de rigueur qui remettrait les économies les plus endettées dans des paramètres acceptables, exécuté sur cinq à sept ans, voire à dix ans, comme le suggérait récemment Christian Noyer, est encore, parmi toutes, la meilleure solution. Afin de ne pas "mourir guéri".
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17/09/2021 - 10:31

