Safran l'incompris
L'équipementier aéronautique a eu beau confirmer ses objectifs de résultats, il est sanctionné en Bourse. Preuve de la nervosité d'un marché qui a perdu ses repères.
La Bourse de Paris grimpe de 2 %, alors que rien, sur le plan macroéconomique, ne permet de justifier un tel emballement. Surtout pas l'issue des deux sommets européens à venir qui préparent de nouvelles rustines pour le bien "mal-nommé" Fonds Européen de Stabilité Financière. Et le titre Safran est l'un des seuls à être dans le rouge, reculant de 7 % avec des volumes d'échanges assez nourris (0,75 % du capital en une seule séance), parce que les analystes ont semble-t-il été déçus des indications données par le groupe sur son activité de maintenance.
Pourtant, il n' y a pas besoin d'avoir fait Saint-Cyr pour lire et pour comprendre qu'à la différence de bien d'autres groupes industriels, Safran persiste, signe et jure que ses objectifs de résultat pour l'exercice en cours sont inchangés. En fait, c'est même mieux que cela. Puisqu'en dépit d'une charge supplémentaire de 25 millions d'euros liée à la fameuse prime pour le partage de la valeur distribuée aux salariés, le bénéfice anticipé pour 2011 sera le même qu'avant l'hypothèse de ce nouveau décaissement.
Il y a des entreprises dont les titres viennent à subir un excès d'indignité après avoir vécu un excès d'honneur. Parce qu'effectivement la révision en baisse des objectifs le justifie. Mais dans ce cas présent, il n'y a rien de tout cela. Et dans son activité principale, la fabrication et la livraison de moteurs d'avions, Safran s'estime même en mesure de livrer cette année 1350 unités, soit une progression d'environ 7 % par rapport à l'année dernière.
Tout cela en dit long sur l'état de nervosité des opérateurs, sur leur fébrilité, sur leur aveuglement ou leur incapacité à discerner les bonnes nouvelles et les vrais profit warnings. Tout cela en dit long sur un marché qui semble avoir perdu tous ses repères, en attendant que les dirigeants européens leur redonnent matière à espérer. Tout cela montre enfin que même lorsqu'il y a des bonnes nouvelles à recueillir, de la croissance organique à "acheter" et de belles anticipations de profits, les opérateurs croient judicieux de se montrer, sinon sceptiques, du moins prudents.
Tout cela est désormais excessif. Et comme disait Talleyrand : "tout ce qui est excessif est insignifiant."
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