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Les marchés ont déjà élu Emmanuel Macron

Les indices boursiers européens ont entamé la journée dans le vert, applaudissant la victoire du candidat d'En Marche! au premier tour des présidentielles françaises, et minimisant le risque d'une élection de son adversaire Marine Le Pen dans deux semaines.
Emmanuel Macron
Emmanuel Macron

Les sondages ne se sont, cette fois-ci, pas trompés. Le candidat d'En Marche! affrontera bien Marine Le Pen le 7 mai prochain, comme l'annonçaient les enquêtes d'opinion, et comme l'espéraient dans une moindre mesure les marchés. Le scénario tant redouté des investisseurs d'un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen est donc écarté. Et malgré la présence de la candidate d'extrême droite au second tour, les bourses ont applaudi le succès d'Emmanuel Macron des deux mains ce matin, estimant fort peu probable la victoire de sa rivale dans deux semaines.

Ainsi à la mi-journée, le Cac40 était en hausse de plus de 4,5% tandis que l'indice européen Eurostoxx progressait de 3,7%, et que l'euro s'échangeait à 1,0866 contre le billet vert, soit une hausse de 1,4% depuis vendredi soir. Les financières ont particulièrement progressé depuis l'ouverture de la bourse française, affichant à midi des hausses comprises entre 6% (pour Axa) et 9,5% (pour Société Générale). "L'ami des entreprises et pro-européen Emmanuel Macron a emporté le premier tour avec une belle avance (23,9% contre 21,4% pour Marine Le Pen) qu'il va pouvoir consolider dans les deux prochaines semaines", estiment ainsi les équipes de Blackrock. D'autant que François Fillon, arrivé en troisième position a annoncé dès hier qu'il voterait pour le candidat d'En Marche!, de même que Benoît Hamon. Selon les analystes de Blackrock, le spread France-Allemagne, qui était autour de 70 points de base la semaine dernière, devrait se resserrer dans les prochains jours dans un contexte de moins grande incertitude politique en France; ce matin, le taux à dix ans français atteignait 0,840% contre 0,940% vendredi, l'écart de taux avec le Bund atteignant 40 points de base, un plus bas depuis les élections américaines. 

L'enthousiasme des marchés repose notamment sur des sondages de sortie des urnes donnant Emmanuel Macron vainqueur du second tour à une très large majorité: 62% des électeurs voteraient pour lui le 7 mai prochain, contre 38% pour la candidate d'extrême droite. "Pour altérer ce résultat, il faudrait que les enquêtes se soient vraiment bien trompées, ou un très fort taux d'abstention de la part des électeurs de Macron", soulignent les analystes de la Société Générale. Certes, il est possible qu'une partie des citoyens français n'aille pas voter le 7 mai, qui figure au milieu d'un pont, poursuivent les équipes de la banque française. Mais selon leurs calculs, il faudrait un taux de participation inférieur à 56% pour les électeurs de Macron contre 90% pour ceux de Marine Le Pen, pour que cette dernière l'emporte. Soit un taux de participation général de 68% seulement, ce qui parait "très peu réaliste", selon la Société Générale. 

Il reste qu'Emmanuel Macron devra détailler son programme, et son discours d'hier soir est resté assez évasif sur la politique qu'il mènera dans de nombreux domaines, dont la défense et la sécurité, estime de son côté Jessica Hinds, économiste Europe chez Capital Economics. Mais si Marine Le Pen dispose davantage d'expérience politique que le jeune candidat d'En Marche! sa proposition de sortie de l'euro devrait la desservir dans cet entre deux tours, alors qu'une majorité de Français soutient la monnaie unique, poursuit l'analyste. Emmanuel Macron devrait l'attaquer sur ce point lors du débat télévisé qui les opposera le 3 mai prochain. 

A moins d'un renversement politique de l'opinion ces deux prochaines semaines, peu probable selon les économistes, Emmanuel Macron devrait donc l'emporter le 7 mai. C'est donc plutôt l'échéance des législatives qui risque de faire bouger les marchés, estime la majorité des analystes ce matin. "Il est encore difficile de savoir quel soutien Emmanuel Macron obtiendra à l'Assemblée nationale", explique ainsi Jessica Hinds. "Il lui faudra les voix des deux grands partis : le PS et les Républicains, pour faire passer ses réformes, sachant que le FN risque d'obtenir bien plus de sièges que les deux qu'il possède actuellement", poursuit l'analyste.

Selon les équipes de la Société Générale, le principal risque pour Emmanuel Macron est de se retrouver face à une Assemblée totalement fragmentée, sans majorité claire, ce qui l'empêcherait de faire passer son train de réformes. "L'extrême gauche ou l'extrême droite parviendront-elles à obtenir 20% des sièges aux élections de juin ?", s'interrogent les analystes de la banque. Un risque non négligeable qui pourrait alerter les marchés, puisque selon l'article 11 de la Constitution, un référendum peut être initié par un cinquième des députés soutenus par au moins 1/10ème des électeurs. Le Front National pourrait ainsi exiger un vote sur la sortie de la France de l'UE ou la mise en place d'un système électoral à la proportionnelle, poursuit la Société Générale.

Un scénario que les économistes d'Axa considèrent comme peu probable. Selon Laurence Boone, responsable de la recherche et de la stratégie investissement, trois cas de figure sont possible lors des législatives : une majorité En Marche, une majorité Les Républicains ou une coalition avec une Assemblée dans laquelle les partis de Macron, de Fillon et des socialistes seraient à peu près égaux. "Ces trois scénarios sont positifs pour les marchés", commente Laurence Boone, quel que soit le résultat final. "Les marchés apprécieront", puisque selon la responsable de la recherche chez Axa, les craintes d'une sortie de l'UE, de l'euro, voire de l'OTAN sont désormais écartées. 



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