Carmignac est très chaud sur la dette émergente
Très attendue des professionnels de la gestion, la réunion trimestrielle de Carmignac a donné l’occasion ce matin à Frédéric Leroux, le gérant global de la société de gestion, de faire le point sur les convictions de sa maison. Un petit peu plus optimiste que ces derniers mois, le gérant vedette du groupe estime ainsi, au niveau macro-économique, qu’un « rebond technique économique devrait voir le jour grâce à la stabilisation mondiale de l’investissement industriel permise par le rattrapage énergétique ». Le léger redressement des prix de l’or noir est effectivement de bon augure pour l’activité mondiale mais aussi et surtout pour l’évolution de l’inflation. Cela étant, qui dit reprise de l’inflation aux Etats-Unis, dit moindre soutien monétaire ce que ne voit pas d’un bon œil le responsable de Carmignac qui juge ce mouvement prématuré. Et d’ailleurs, il estime que la faiblesse structurelle persistante de l’économie mondiale ajoutée au vote « anti-establishment » en perspective (l’Europe tout comme les Etats-Unis s’apprêtent à connaître de nombreuses échéances électorales et référendaires), rapprochent la mise en œuvre de politiques budgétaires expansionnistes. Une fuite en avant de mauvais aloi ?
Le prudent optimisme de Frédéric Leroux et de ses équipes est donc tout relatif. Raison pour laquelle il se montre très sélectif sur les classes d’actifs à privilégier. Côté obligataire, la fête est résolument finie après plus de 30 ans d’années fastes. « La hausse attendue des taux directeurs et l’anticipation d’expansion budgétaire ne favoriseront pas cette classe d’actifs », précise-t-il. Côté actions, l’analyse est plus engageante puisque la stabilisation de l’investissement (qui ne recule plus) et la désaffection à l’égard des taux pourraient entraîner une réallocation des placements obligataires vers les actions dans un contexte, certes, de volatilité accrue. Quant aux devises, les pressions à la baisse sur la livre sterling et, dans une moindre mesure, sur le yen devraient se confirmer. En parallèle, l’embellie sur les devises émergentes pourrait bel et bien se prolonger dans l’hypothèse où l’appréciation du dollar était contenue.
S’il ne fallait retenir qu’un élément de cette matinée de présentation, c’est assurément l’intérêt des responsables de la société de gestion pour la dette émergente. Et ce, au regard de quatre arguments phares : la stabilisation de la situation macro-économique de la Chine ; le rebond du prix des matières premières ; l’amélioration de certaines balances courantes émergentes et le niveau de certains rendements comparé à ceux des pays développés. Cet écart atteint en effet aujourd’hui 5,2% quand il ne dépassait pas 3,2% en 2013, soit 200 points de base de prime de risque susceptibles d’absorber très facilement la volatilité. Parmi les dettes préférées : celle de l’Indonésie qui affiche une faible inflation et devrait profiter d’une posture accommodante de sa banque centrale et d'une hausse de sa croissance ; celle aussi de la Russie qui, compte tenu des sanctions décidées à son encontre a largement œuvré à son désendettement, affiche aujourd'hui l’un des ratios dette/PIB les plus faibles au sein de l’univers émergent et des taux réels élevés, aux alentours de 3% avec une inflation en chute libre. Enfin, la dette brésilienne est également très regardée par les équipes obligataires de Carmignac en raison de la pression baissière constatée sur l’inflation, du récent vote du gel des dépenses sur 20 ans permettant une stabilisation du niveau de la dette et de l’amélioration des exportations et de la balance courante.
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