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Carmignac bullish sur les émergents
Les émergents sont encore une classe d'actifs qui fait peur aux investisseurs, en raison de leur forte volatilité et de passages à vide ces cinq dernières années. En 2013, l'annonce du resserrement monétaire par Ben Bernanke ("Taper Tantrum") avait fait plonger les marchés actions et obligations de ces pays, tandis que la crise boursière chinoise de début 2015 avait également entraîné par contagion un mouvement de fuite des investisseurs des émergents. Mais depuis un an et demi, ils ont retrouvé progressivement de leur attrait, comme l'a souligné Carmignac lors d'une conférence sur le sujet. L'indice MSCI Emerging Market World a ainsi connu une performance sur l'année de plus de 30% en dollars et de 18% en euros, tandis que la dette locale a performé à hauteur de 13% sur la même période.
Plusieurs facteurs soulignent le redémarrage des émergents et justifient ainsi le retour des investisseurs sur cette classe d'actifs: leurs exportations ont ainsi sensiblement progressé depuis mi-2016, de plus de 5%, une bonne nouvelle pour les marchés actions de ces pays, puisque la corrélation entre exportations et profits des entreprises est très importante dans les émergents. Les indicateurs avancés des émergents continuent pas ailleurs à progresser, et ce même dans des pays tels que la Russie ou le Brésil, qui sont sortis plus tardivement de la crise. Les émergents sont également plus résistants aux crises que par le passé, grâce à l'ajustement de leur balance commerciale post-Taper Tantrum, qui a donc permis de réduire leur dépendance aux financements extérieurs. Enfin, depuis 18 mois, ces pays connaissent une désinflation, "du fait de certaines réformes économiques mises en place", explique Charles Zerah, gérant obligations internationales chez Carmignac, "ce qui a permis aux banques centrales de réduire leurs taux de refinancement et de mettre en place des politiques monétaires accommodantes".
Enfin, la prime de risque sur les émergents (soit le différentiel de taux réel entre les émergents et les pays développés) est de nouveau attractive sur la dette locale, malgré les politiques accommodantes menées par les banques centrales russe, brésilienne ou chinoise notamment. Sur le marché actions, la valorisation est un peu supérieure à la moyenne historique mais reste raisonnable (pour le MSCI Emerging Markets). "Nous ne sommes absolument pas dans une situation de bulle et les révisions des projections de résultats des entreprises sont positifs, donc nous sommes plutôt confiants", explique ainsi Xavier Hovasse, responsable actions émergentes chez Carmignac.
Les gérants du fonds Carmignac Emerging Patrimoine, qui ont opté pour une approche différenciée afin de gérer au mieux les risques des pays émergents, ont ainsi quelques grands favoris, comme les actions chinoises dans les secteurs de "la nouvelle économie", dont les sociétés ne sont pas du tout endettées, ou le marché indien (obligations, actions et devise). Celui-ci devrait selon eux continuer à bien performer grâce aux nombreuses réformes mises en place par le Premier ministre, Narendra Modi, qui ont permis de booster l'économie du pays et de réduire l'inflation.
Carmignac a par ailleurs misé gros sur le marché actions de l'Argentine, qui représente 8,8% des 27% de son portefeuille investis en Amérique latine. "L'Argentine est une très forte conviction de notre équipe émergente et de l'ensemble de la maison puisqu'Edouard Carmignac a lui-même a déployé pas mal de capitaux sur les marchés argentins dans le fonds Carmignac Investissement et dans Carmignac Patrimoine", explique ainsi Xavier Hovasse. Le pays possède des fondamentaux extrêmement sains avec un niveau d'endettement très faible, une inflation encore située à 22% mais qui devrait atteindre 17% l'an prochain selon le gérant, tandis que l'indicateur de l'activité économique est en forte hausse. La croissance est autour de 4% et devrait se poursuivre sur ce rythme pendant au moins dix ans, estime le gérant. Le gérant a notamment investi dans plusieurs banques argentines, dont Banco Macro, ou Grupo Supervielle, alors que l'endettement privé des entreprises et des ménages est le plus bas des pays émergents (respectivement 11% du PIB et 6% du PIB).
Les émergents ne sont cependant pas à l'abri d'une nouvelle crise endogène ou exogène, même si le resserrement monétaire américain devrait être mieux encaissé qu'en 2013, grâce au rééquilibrage de leurs balance courante. Afin d'éviter un nouvel accès de volatilité sur ce type d'actifs, le gérant français recommande tout de même d'acheter de la volatilité.
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