Eurazeo finit l’année en beauté
La rumeur courait depuis deux semaines, mais Eurazeo est finalement parvenu à la concrétiser avant la fin de l’année : il vient d’annoncer entrer en négociations exclusives avec l’Idi et le management d’Idinvest Partners - l’ex-AGF Private Equity - afin de racheter 70% de la société de gestion. Selon les informations de WanSquare, la valorisation est de plus de 300 millions d’euros, un prix généreux en raison de la concurrence ardue pour mettre la main sur le groupe dirigé par Christophe Bavière et Benoist Grossmann. En effet, le process de vente mené par Messier Maris a trouvé largement écho dans un contexte de consolidation de la gestion, et deux autres candidats, Amundi et Natixis, étaient particulièrement motivés pour atteindre la taille critique.
Las, c’est finalement Eurazeo qui a remporté les enchères, notamment par sa promesse de laisser aux équipes d’Idinvest Partners, spécialisée dans le capital risque, la dette privée et les fonds de fonds, « son autonomie de gestion avec une équipe de management inchangée ». Car ce n’est pas la première fois que le groupe présidé par Patrick Sayer pour deux mois encore, réalise ce type d’acquisition sur un segment qu’il n’adresse pas encore : en 2011, alors que le marché du LBO est en pleine déconfiture, il avait sorti de Bourse Ofi Private Equity, un acteur focalisé sur le small et midcap et emmené par Olivier Millet, aujourd’hui président de l’Afic. Le groupe deviendra Eurazeo PME, une nouvelle division du groupe qui diversifie ainsi ses compétences à un moment clé, et est resté jusqu’à ce jour un exemple d’intégration réussie. Qu’Eurazeo compte dupliquer avec Idinvest Partners.
Mais cette opération est encore plus transformante pour Eurazeo, qui va ainsi mettre la main sur près de 7 milliards d’euros sous gestion et sera à la tête de plus de 16 milliards d’euros d’actifs. L’épilogue d’une année particulièrement riche en actualités depuis l’ouverture du bureau new-yorkais par Virginie Morgon, qui prendra la présidence du groupe en mars prochain. Dans un contexte de surliquidité favorable au non coté, le groupe en a profité pour développer la gestion pour compte de tiers, avec le closing d’Eurazeo Capital II, un fonds de 500 millions d’euros levé auprès d’institutionnels en début d’année. Il a ensuite lancé son activité américaine en bouclant son premier deal, Dominion Web Solutions, aux côtés de Goldman Sachs en mai puis un deuxième en novembre.
Désormais présent au cœur de la Grosse Pomme sur la Cinquième Avenue, Eurazeo a choisi d’aller encore plus loin. Fin mai, il a annoncé la création d’Eurazeo Brands, emmené par la dynamique américaine Jill Granoff, afin d’investir dans des marques à fort potentiel et les développer en Europe ou aux Etats-Unis et un premier deal, Nest Fragrances, le mois dernier. Surtout, il a choisi de faire appel à la croissance externe pour muscler ses compétences, avec le rachat de 30% de Rhone, un partenaire stratégique essentiel dans le marché le plus concurrentiel au monde.
Enfin, l’année a été bien sûr marquée par le psychodrame de l’entrée de Tikehau à son capital, qui a voulu mettre la main sur les 15% que le Crédit Agricole vendait pour monter à près de 23%. Branle-bas de combat lors du week-end de la Pentecôte, où Eurazeo a mobilisé les banquiers d’affaires afin de trouver un chevalier blanc, JC Decaux. Un partenaire de long terme, ce qui règle la question de son capital pour une décennie, et a contribué à faire grimper le cours de 38% sur l’année. De quoi satisfaire tout le monde, y compris ses actionnaires.
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