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Les ventes de véhicules électriques restent en retard sur les objectifs européens / Le 5 mars pourrait redéfinir l'avenir du secteur

Malgré des progrès en janvier, les ventes de véhicules électriques demeurent loin des objectifs fixés pour 2025. Attendue début mars, la réponse de la Commission européenne aux enjeux du secteur s’annonce déterminante.
La part de marché des véhicules électriques en Europe était de 15% en janvier - Photo by Lars Penning / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP
La part de marché des véhicules électriques en Europe était de 15% en janvier - Photo by Lars Penning / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, mais janvier n’a donné aucun signal rassurant sur la capacité des constructeurs à relever l’enjeu majeur du marché automobile européen en 2025. À en juger par les derniers chiffres de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), la transition vers l’électrique sous la pression des normes CO2 paraît toujours aussi incertaine.

Si les immatriculations de voitures neuves dans l’UE ont reculé de 2,6% le mois dernier par rapport à la même période de 2024, l’information la plus significative reste celle relative à la répartition du marché en fonction des motorisations. Ainsi, tandis que les voitures à essence ont accusé une baisse marquée de 18,9% en janvier, en particulier en France et en Allemagne, les véhicules hybrides électriques (HEV, pour Hybrid Electric Vehicle en anglais), associant un moteur thermique (essence ou diesel) à un moteur électrique, ont fait un bond en avant, représentant près de 34,9 % du marché et redevenant le premier choix préféré des acheteurs de voitures de l'UE.

 

Des pénalités potentielles de 16 milliards d'euros

 

En janvier 2025, les ventes de voitures électriques neuves ont augmenté de 34 % pour atteindre 124 341 unités, soit une part de marché de 15%. Le chiffre est encourageant lorsqu’on le compare aux 10,9% du même mois de 2024. Pour autant, il reste loin du niveau requis pour éviter aux constructeurs européens de coûteuses amendes.  

Selon les objectifs fixés par la norme CO2 de l’UE, les constructeurs doivent atteindre une part de véhicules électriques (ZEV et BEV) de 25% à 30% de leurs immatriculations en 2025, afin de respecter les normes CAFE (Corporate Average Fuel Economy), qui imposent des limites strictes sur les émissions de CO₂ des véhicules neufs. Depuis, le 1ᵉʳ janvier, les constructeurs doivent respecter une limite moyenne de 94 g de CO₂ par kilomètre, sous peine de lourdes sanctions financières.

L’ACEA estime que ces pénalités pourraient atteindre 16 milliards d’euros pour le secteur automobile, une somme qui serait mieux investie dans la transition vers les véhicules zéro émission. À moins que les constructeurs ne réduisent leur production de véhicules à moteur thermique pour compenser leur retard en véhicules électriques, ce qui fragiliserait encore davantage les usines et l’emploi dans un secteur déjà soumis à de lourdes restructurations.

 

Vers un assouplissement des règles ?

 

"Le passage au zéro émission signifie bien plus qu’un simple passage d’une technologie de véhicule à une autre ; nous avons besoin d’une approche écosystémique plus large qui encourage de nouveaux partenariats dans la chaîne de valeur ", a récemment souligné Sigrid de Vries, la directrice générale de l’ACEA. " Nous ne pouvons exploiter pleinement notre avantage concurrentiel qu’en encourageant et en remaniant notre approche de la réglementation.", a-t-elle ajouté.

L’ACEA fait donc pression pour que les objectifs de réduction des émissions de CO2 soient modifiés. À l’image de la proposition avancée par le ministre allemand de l'Économie, Robert Habeck, soutenue par Bruxelles, qui envisage que les objectifs de CO2 pour 2025, bien que maintenus, ne génèrent pas de sanctions en cas de dépassement, à condition que ces objectifs soient bien remplis dans les années suivantes.

Ce scénario est plausible au vu des nombreux projets de lancement de modèles par les constructeurs européens, avec un pipeline de nouveaux modèles électriques particulièrement fourni chez Volkswagen et Renault pour 2026 et 2027. Mercedes et BMW prévoient également de lancer leur plateforme de véhicules électriques de nouvelle génération en 2026. "La plupart des constructeurs estiment pouvoir dépasser les objectifs de CO2 d’ici 2026 ou 2027", soulignent les analystes de Bank of America.

 

Un problème de demande

 

A condition toutefois que la demande suive l’offre. Le principal frein reste la réticence des consommateurs à acheter ce type de véhicules. Si les ventes de véhicules électriques à batterie (hors Royaume-Uni et Norvège) ont baissé de 10 % en Europe en 2024, ce n'est pas faute de modèles disponibles. Le marché européen compte actuellement 370 modèles de véhicules électriques à batterie, dont 16 à moins de 30 000 euros.

Selon l’ACEA, l’idée que la flexibilité dans le respect des normes d’émission pourrait compromettre les objectifs de CO2 "passe donc à côté de l’élément le plus important" : la reconnaissance du problème de la demande de véhicules à zéro émission (ZEV) dans l’UE. Cette opinion part du principe que l’offre seule stimule la demande des consommateurs pour les ZEV. En réalité, la demande dépend de nombreux facteurs, comme le manque d'infrastructures de recharge, la facilité d'utilisation, le coût total de possession (TCO) et l’accessibilité, souvent cités comme des obstacles. Ne pas en tenir compte place "les fabricants dans une position précaire car ils sont les seuls à devoir faire face à des coûts de mise en conformité disproportionnés", souligne ainsi l’ACEA.

 

Un catalyseur attendu au second semestre

 

La réponse de l’Europe à ces défis se précisera bientôt, avec une réunion clé programmée le 5 mars 2025. À cette occasion, la Commission européenne dévoilera un plan d’action visant à soutenir l’industrie automobile européenne dans sa transition vers des véhicules zéro émission. Cette initiative fait suite à un dialogue stratégique entamé le 30 janvier 2025, réunissant des représentants de la Commission, des constructeurs automobiles, des syndicats, des ONG et des représentants des consommateurs. Les attentes sont fortes quant à l’annonce d’incitations à l'achat de véhicules électriques à l'échelle de l'UE.

Si tel était le cas, ces incitations "pourraient prendre du temps avant d’être mises en œuvre, mais elles pourraient devenir un catalyseur au second semestre 2025", estime Bank of America. En attendant, tous les constructeurs de véhicules électriques n’ont pas été logées à la même enseigne en janvier. Ainsi, Tesla, sans doute affectée par les prises de position politiques de son patron Elon Musk, a vu ses ventes chuter de 45,2 % dans l’Union européenne, au Royaume-Uni et dans l’Espace économique européen, avec seulement 9 945 unités écoulées contre 18 161 en janvier 2024.  

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