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Climat : l’accompagnement reste le maître-mot pour mettre les PME en route / Un spectre allant de la décarbonation à l'adaptation
Le constat n’a rien de trop étonnant. Dans un environnement économique incertain et toujours plus concurrentiel, où les marges des entreprises sont sous pression et que certaines menaces – comme la cybersécurité – toquent bel et bien à leur porte, l’adaptation au changement climatique n’est clairement pas la priorité des PME et ETI françaises. Selon la dernière étude de Bpifrance Le Lab menée à ce propos, 68 % de leurs dirigeants estiment en effet qu’il ne s’agit pas d’un sujet stratégique majeur… et seuls 12 % d’entre eux ont déjà défini une feuille de route et des plans d’actions pour y faire face. "Ce peu d’intérêt, nous avons pu le mesurer à travers la difficulté à mener cette enquête, avec un taux de réponse exceptionnellement faible malgré de nombreuses relances auprès des chefs d’entreprise (380 réponses pour 65 000 enquêtés, soit un taux de réponse de 0,6 %)", souligne d’ailleurs le rapport du laboratoire d’idées de la banque publique d’investissement.
De fait, le problème du changement climatique semble encore loin pour les patrons de PME et ETI françaises. Près de 60 % d’entre eux estiment en effet que leur entreprise est aujourd’hui faiblement exposée aux risques climatiques. L’inquiétude est donc remise à plus tard. Si 5 % des répondants pensent aujourd’hui que leurs activités sont fortement exposées aux aléas climatiques, la proportion grimpe à 47 % en 2050. Mais, rappelle l’étude, les coûts de l’inaction peuvent déjà se faire sentir et risquent aussi de s’aggraver par la suite. Ce qui appelle donc à poser la question de l’anticipation dès maintenant. Mais pas de secret : les dirigeants de PME et ETI sont aujourd’hui entravés dans leurs projets allant en ce sens par deux difficultés, qui sont celles du manque de temps et d’argent.
Des dispositifs pas assez connus
D’autant que 60 % des chefs d’entreprise interrogés admettent ne pas connaître les dispositifs d’accompagnement et de financement pour adapter leur entreprise au changement climatique. Et contrairement à ce qui pourrait se préfigurer dans le sens commun, les compagnies d’assurance, qui restent les premiers professionnels du risque, sont loin de s’imposer comme des interlocuteurs de choix. D’où l’importance de se faire accompagner sur la question climatique et dans tous les sens du terme, qu’il s’agisse d’un soutien public ou bien au sein d’une même chaîne de valeur et sur l’ensemble du spectre – de la décarbonation, pour jouer plus directement sur le changement climatique, à l’adaptation.
L’Alliance pour la décarbonation des PME, un programme de l’association Pacte PME, a par exemple fait le choix de miser sur l’effet d’entraînement des grandes entreprises pour pousser les PME de leurs chaînes de valeur à se décarboner. Désormais, 14 grands comptes (dont Sanofi, EDF, Bouygues Construction, Thales ou Crédit Agricole, entre autres) diffusent la question et l’importance de s’y atteler auprès de leurs fournisseurs. Lancée lors de l’été 2023, l’Alliance a pour l’heure sensibilisé 3 145 entreprises dans le cadre d’un parcours collectif, composé d’ateliers de décarbonation, de club fournisseurs ou bien de modules de formation sur des sujets spécifiques, comme les fresques du climat.
D’un autre côté, 130 d’entre elles ont fait le choix de s’engager complètement dans un parcours individuel (qui compte plusieurs étapes, de la mise en place d’un bilan carbone à la mise en oeuvre d’un plan d’actions effectif, le tout étant certifié par 7 opérateurs) ou collectif. "L’offre est flexible, quel que soit le niveau de maturité en matière de décarbonation et le profil de l’entreprise. Les deux tiers des PME qui nous rejoignent n’ont d’ailleurs jamais réalisé de bilan carbone. Et toutes les entreprises ne vont pas au bout de la démarche, puisqu’on observe qu’actuellement à peine 10 % des entreprises sollicitées ont également bâti une feuille de route bas carbone et sont en train de la déployer", nous fait d’ailleurs remarquer le directeur général du Pacte PME, François Perret.
Valoriser l’effort
Car si la prise de conscience collective est là, les enjeux financiers et business semblent, logiquement et malgré tout, rester de première importance pour les PME françaises. "Les PME attendent aussi une reconnaissance qui leur serait utile sur le plan économique : il y a une réflexion à avoir sur la valorisation de ce type d’initiatives. Il existe des incitations privées, certains grands groupes ont par exemple conçu des échelles de performance carbone pour leurs fournisseurs. Cela représente un étage supplémentaire, car les labels sont pour l’instant peu existants", souligne François Perret. Sur le plan de l’adaptation, également, Bpifrance Le Lab le relève aussi : les diagnostics de vulnérabilité ne sont pas une fin en soi, leurs résultats ne font sens que s’ils servent une vision stratégique du dirigeant et la pérennité de l’entreprise : faisabilité générale, ratio coût-bénéfice, implications organisationnelles, viabilité écologique…
Ces diagnostics peuvent aussi être utilisés comme socle pour faire pivoter le modèle d’affaires de l’entreprise, ou saisir de nouvelles opportunités. Une fois les grands axes stratégiques posés, reste à répartir les responsabilités, à clarifier les objectifs recherchés, à définir une enveloppe budgétaire, à benchmarker les solutions pertinentes et, enfin, à rechercher les subventions et aides pour boucler le budget. Du côté des offres d’accompagnement, certaines transformations pour s’adapter à la conjoncture ou aux enjeux climatiques pourraient aussi être de mise. C’est notamment le cas de l'Alliance pour la décarbonation du Pacte PME. Des évolutions dans la structure de l’offre restent aussi envisagées : construire un diagnostic environnemental plus complet, incluant par exemple la biodiversité, fournir une offre d’accompagnement à la CSRD afin d’optimiser le dialogue entre les grands comptes et les fournisseurs ou bien pour aider les PME à s’y former et, enfin, accompagner les entreprises dans leur plan d'adaptation au changement climatique, explique François Perret.
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