Macro-économie / Taux / Christophe Barraud
Macro-économie / Taux
Christophe Barraud
L'année 2022 vue par... Christophe Barraud, chef économiste de Market Securities
Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ? Avez-vous élaboré plusieurs scénarios selon la dangerosité du nouveau variant Omicron ?
Le meilleur est derrière nous. Nous allons assister à un ralentissement de la croissance mondiale en 2022, ce qui est plutôt logique après une année de rebond. Alors que la progression du PIB mondial devrait atteindre 5,7-5,8% cette année, on sera plus proche des 4% voire légèrement en dessous l’année prochaine. Evidemment, il y a des risques à la baisse autour de ce scénario central. Au moment où l’on se parle, le variant Omicron semble être un facteur d’accélération des mesures de restriction à court terme, ce qui pourrait peser sur l’activité. Toutefois, l’on assistera à un rebond le trimestre ou deux trimestres suivant le desserrement des mesures prophylactiques. On pourrait donc imaginer que la croissance pourrait être affectée sur le quatrième trimestre 2021 et le premier trimestre 2022 avant de réaccélérer à partir d’avril prochain. Les économies ont appris à évoluer dans un tel contexte et sont de plus en plus résilientes face à ce type de choc.
Faut-il s’inquiéter du ralentissement économique chinois ?
La croissance chinoise devrait avoisiner 8% en 2021 et être proche de 5% en 2022. Je ne dirais pas que c’est inquiétant car l’on s’y attendait. En fait, les risques pesant à très court terme sur la croissance chinoise semblent davantage mériter que l’on y prête attention. D’une part, la politique de zéro covid devrait continuer à être menée jusqu’au prochain congrès national du parti communiste chinois en novembre 2022 ; ainsi, dès que vous aurez quelques cas, vous aurez la mise en place des mesures de restriction et cela pèsera sur les services. D’autre part, le secteur immobilier traverse une mauvaise passe liée à un resserrement de la règlementation et à la forte baisse des transactions qui en a découlé. Enfin, la hausse du prix des matières premières mord sur les marges de PME qui ne sont pas nécessairement en capacité de répercuter cette augmentation de leurs coûts ; aussi, l’investissement privé pourrait en subir les conséquences.
Les autorités sont bien conscientes de ces menaces. C’est pourquoi, elles mettent en place une politique économique accommodante. Sur le plan monétaire, la Banque centrale vient de décider d’une baisse du taux des réserves obligatoires pour les banques et elle tente de limiter les pressions haussières sur le yuan. Du côté réglementaire, les contraintes pesant sur les ventes de terrains et les ventes immobilières ont été assouplies dans certains villes comme Chengdu. Par ailleurs, concernant la politique budgétaire, des baisses de taxes ont été annoncées pour les PME ainsi que des décalages de paiement des impôts. De plus, les collectivités locales sont également incitées à émettre des obligations pour financer des projets d’infrastructures.
Au regard de l’ensemble de ces éléments, je suis un peu plus optimiste pour la Chine que je ne l’étais il y a encore un mois.
L’inflation actuelle, d’où qu’elle vienne (matières premières, pénuries multiples, prix du carbone), est-elle transitoire ?
L’inflation n’est pas seulement transitoire.
Aux Etats-Unis, il faut décomposer l’inflation en trois dimensions. Premièrement, il y a une inflation transitoire liée au covid c’est-à-dire les prix de l’hébergement-restauration et des billets d’avions qui évoluent selon la dynamique de la pandémie. Deuxièmement, il une inflation transitoire avec des effets mémoires, on peut notamment citer le cas des véhicules neufs : les patrons de BMW et Daimler ont par exemple expliqué qu’il n’y aurait plus de période de discount comme on les a connues auparavant, leur volonté étant de garder des niveaux élevés de marges afin de se prémunir des ruptures d’approvisionnement dans les semi-conducteurs, entre autres.
Troisièmement, il y a une inflation durable qui comporte deux volets. Il y a d’une part une inflation cyclique liée à un marché de l’emploi très tendu qui devrait maintenir la croissance des salaires sur son niveau actuel et donc peser à la hausse sur l’inflation de base. D’autre part, il y a une inflation durable structurelle liée à l’immobilier. On a observé une forte hausse des prix de l’immobilier ces dernières années et elle va se répercuter sur les loyers. La cohorte des 25-34 ans est la plus importante jamais enregistrée et ils n’ont plus les moyens de devenir propriétaires ; ils se reportent ainsi sur la location. Si on ne l’observe pas encore au sein de l’indice des prix à la consommation (CPI) pour des raisons techniques, la composante "loyers" de ce dernier devrait connaître une importante accélération de sa croissance au cours des mois à venir.
A moins d’une récession, j’estime donc que l’inflation américaine devrait rester à un niveau assez élevé l’année prochaine.
Je ne fais pas le même diagnostic pour la zone euro. Je pense que l’inflation va se détendre durant la seconde partie de l’année 2022 : le plein emploi n’est pas encore atteint, les loyers sont contrôlés dans de nombreuses capitales et après l’hiver la situation devrait se normaliser concernant les prix de l’énergie.
L’an prochain, les Etats retireront un peu plus leur soutien aux économies, sont-elles prêtes pour cela ?
Le retrait du soutien budgétaire devrait être très graduel et donc de nature à éviter une récession. De plus, les Etats n’hésiteront pas à desserrer de nouveau l’étau si un nouveau choc pandémique devait se produire.
Les Banques centrales injecteront également moins de liquidités. Craignez-vous des tensions sur les taux d’intérêt et les marchés actions ?
Le risque serait d’assister à une augmentation très rapide des taux longs à un niveau élevé, ce n’est pas mon scénario. La remontée des taux directeurs devrait néanmoins entraîner une hausse de la volatilité.
l y a deux facteurs de soutien à long terme pour les marchés d’actifs risqués. Il y a les rachats d’actions qui constituent une force acheteuse de plus de 1.000 milliards de dollars aux Etats-Unis. Par ailleurs, si les taux d’intérêt réels à long terme demeurent très faibles en raison de la forte inflation, les actions restent plus attractives. Sans compter que les bénéfices sont au plus haut historique.
Après avoir été en retrait ces dernières années, pensez-vous que le sujet de la soutenabilité des dettes publiques doit faire son retour sur le devant de la scène ?
Passé cet épisode pandémique où il a atteint un pic, le ratio Dette publique/PIB devrait se stabiliser et même baisser dans la plupart des pays développés. La croissance en valeur va rester soutenue alors qu’en face, les déficits publics vont théoriquement peu à peu se résorber. Le ratio devrait donc se normaliser à la baisse. Pour autant, l’heure n’est pas à la fête, c’est un sujet sur lequel il faudra rester attentif car les repas gratuits n’existent pas et les Banques centrales ne seront pas toujours là.
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