WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
précédent 1/1 suivant
Evening recap
précédent 1/1 suivant
1/1 suivant

Chroniques / Jean-Baptiste Noé

Chroniques
Jean-Baptiste Noé

Chronique
Yiwu : le marché qui vend au monde
par Jean-Baptiste Noé

On trouve tout à Yiwu, les bricoles et les objets techniques y sont vendus en gros pour être exportés dans le monde et vendus au détail aux consommateurs de tous les continents. La Chine est l’usine du monde ; c’est aussi le grand marché mondial, celle qui fournit nos objets du quotidien et donc façonne nos vies.

26/09/2026 - 08:27 Lecture 5 mn.

Ici, on est certain que tout est made in China ; c’est même la raison pour laquelle on y vient. Yiwu, c’est le souk du monde au vingt et unième siècle. On y trouve de tout : du toc et de la qualité, des colliers de perles et des casseroles en fonte, des uniformes militaires et des peluches connectées, des cartables pour enfant et des objets pour la maison. Sur des centaines d’hectares, des milliers de boutiques : là, des tapis en laine aux motifs arabes, qui finiront à Damas ou à Tunis ; ici des corans et des services à thé qui seront vendus pour le ramadan ; dans une allée adjacente, des casquettes rouges MAGA et des masques vénitiens.

Tout est fabriqué en Chine, dans l’une ou l’autre province, au nord ou au sud, et se trouve présenté dans les centres commerciaux de Yiwu, ville située à une demi-heure de train de Hangzhou, la grande ville de la tech, siège notamment d’Alibaba et d’UniTree, dans l’orbite métropolitaine de Shanghai. La ville n’a aucun charme, mais tout est propre, ordonné, tracé au cordeau, et sa gare accueille des milliers de voyageurs chaque jour qui viennent y travailler. Il n’y a plus qu’à choisir, tester, commander ; en gros, même très gros, évidemment. Quelques semaines de bateau et tout cela finira dans une ville du monde, avec, comme seul fil commun à la patte, la mention Made in China.

 

Le marché du monde

 

Sauf exception, personne ne parle anglais. Ce qui n’est pas vraiment un problème, puisque tous les commerçants ont avec eux un traducteur automatique, un objet qui ressemble à un smartphone, avec deux écrans. Il n’y a qu’à choisir l’une des innombrables langues du monde, à parler et à voir ses propos et ceux de son interlocuteur, transcrits dans la langue de chacun. Même le vocabulaire technique, sur les normes, les conditions d’exportation, les délais de fabrication, se traduit à la suite des échanges. Les commerçants ne parlent que chinois et pourtant, ils peuvent, par le truchement de la technique, s’adresser à toutes les langues du monde.

À Yiwu, on trouve ce qui sera à la mode dans quelques mois chez nous. Ces cartables avec des hologrammes qui s’affichent dans le dos feront probablement fureur dans les cours de récréation à la rentrée prochaine ; ces peluches connectées qui répondent en français, ou dans une autre langue préenregistrée, qui sourient et s’animent, sont attendues pour Noël ; ces drones qu’on nous assure être uniquement à usage civil sont déjà en usage en Ukraine, moyennant une modeste adaptation pour y adjoindre une arme à feu ; ces gobelets et porte-savons sont la prochaine collection des hôtels. C’est le monde de demain qui est vendu aujourd’hui. Entre les deux, une temporalité de quelques semaines, le temps que les conteneurs relient Shanghai au port de destination.

C’est peut-être ce qu’il y a de plus fascinant à Yiwu. Les Américains ont façonné les imaginaires mondiaux par leurs films, leur littérature, leurs médias, diffusant un style de vie, une façon d’être, des modes qui ont ensuite été reprises. Les Chinois n’ont pas tout cela, mais ils ont peut-être bien plus, invisible et non moins redoutable. Ils façonnent nos vies par les objets quotidiens et ordinaires qu’ils nous vendent. Que nous achetons certes, la demande façonne toujours l’offre, mais ici l’offre semble bien primer et les modes mondiales suivre les propositions faites par les producteurs de Chine et les vendeurs de Yiwu. La Chine était l’usine du monde, elle est en train également de devenir celle qui façonne les goûts et les modes de vie à travers le monde.

 

Imposer sa marque

 

Rien ne prédisposait Yiwu à devenir ce grand marché mondial et sa réussite illustre celle de la Chine depuis quarante ans. D’abord, une zone franche, à Shenzhen et Shanghai, pour attirer les investisseurs et les entreprises. Puis des usines à faible coût de main-d’œuvre, pour attirer la production, mais aussi une sécurité politique et humaine pour rassurer ceux qui investissent. Ensuite, une très forte capacité de travail, pour produire selon la demande, même en très grande quantité, en maintenant les standards de qualité.

Pour assurer la réussite du système, il faut répondre aux besoins des clients, trouver des solutions aux problèmes qui se posent, faciliter les échanges et les ventes. En somme, aplanir les montagnes pour s’insérer au cœur de la mondialisation. Yiwu est à la fois le symbole de cette réussite, sa vitrine et sa main visible. Si le nom est inconnu du grand public, il est fort probable qu’une partie des objets que nous utilisons tous les jours y soit passée. Un centre inconnu, presque invisible, qui est pourtant au cœur de nos vies. S’imposer sans se faire remarquer, là réside tout l’art de la stratégie chinoise.

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Diesel : une pénurie qui menace l’économie

19/09/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Bab el-Mandeb : les Houthis referment un verrou du commerce mondial

12/09/2026 - 08:28

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Diesel : une pénurie qui menace l’économie

19/09/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Bab el-Mandeb : les Houthis referment un verrou du commerce mondial

12/09/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / L’Algérie recompose le Sahel

05/09/2026 - 08:27

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Somalie : le retour des pirates

29/08/2026 - 08:27

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Amazon : nouvel objectif de guerre

25/07/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Chypre Nord : l’épine dans le pied de l’Europe

18/07/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Le football, miroir du monde

11/07/2026 - 08:28