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éditorial / Laurent Bigorgne

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Laurent Bigorgne

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Macron, encore et encore ?
par Laurent Bigorgne

Il y a deux ans presque jour pour jour, les Français étaient invités à se rendre aux urnes pour le premier tour des élections législatives anticipées décidées dans la foulée des élections européennes. Le choix de la dissolution, à laquelle il n’était en rien acculé, a conduit le Président de la République dans une impasse, dont il n’est pas sorti depuis. Pourtant, en décalage complet avec ce que vit le pays, la petite musique concernant un éventuel retour en 2032 revient de façon récurrente.

28/06/2026 - 06:22 Lecture 9 mn.

Obsolescence programmée

 

La blessure auto-infligée par Emmanuel Macron à sa majorité parlementaire déjà affaiblie et qui ne s’en est pas remise, et in fine à son mandat, a contribué à affaiblir considérablement son autorité et ses marges de manœuvre. Il n’est pas exact de la comparer à la dissolution, malheureuse également, décidée par Jacques Chirac en 1997 et qui contraignit à une cohabitation avec Lionel Jospin : en effet, elle intervint un an seulement avant la fin de la mandature de l’Assemblée élue en 1993.

La dissolution de 2024, dont les motivations demeurent inexplicables, a ouvert des failles profondes dans le camp présidentiel, incitant même Édouard Philippe, Premier ministre à ses côtés de mai 2017 à juillet 2020, à appeler le Président de la République, en octobre 2025, à organiser « une présidentielle anticipée ». Ses mots ont profondément marqué les esprits, sans doute davantage que le diagnostic pourtant important posé par le maire du Havre et terrible compte tenu de son expérience de l’État : « l’autorité et la continuité de l’État ne sont plus tenues », alors que « c’est la responsabilité du Président la République », concluant « c’est à lui de trouver la solution ». 

Avant même cette acmé, Emmanuel Macron s’était plaint de l’obsolescence programmée de son pouvoir : « Je suis le premier président de notre Histoire qui n’a pas le droit constitutionnellement de se représenter, ça n’est jamais arrivé » (TF1, mai 2025). Il a depuis veillé à ne fermer aucune porte pour 2032, marchant sans complexe sur les brisées de Gabriel Attal, comme à l’occasion des dix ans des Jeunes avec Macron, en juin 2025 : "Je suis venu vous dire que ça n’était pas fini. J’aurai besoin de vous dans deux ans, dans cinq ans, dans dix ans ! »

 

2032 en ligne de mire ?

 

Cette semaine, Le Point a relancé la machine à spéculation, avançant qu’Emmanuel Macron serait prêt à « préparer 2032 en électron libre ». Bien sûr, l’âge du capitaine n’est pas indifférent à cette agitation récurrente, puisqu’il aura alors 54 ans et on se rappelle que Nicolas Sarkozy était âgé de 52 ans au moment de son élection en 2007 et François Hollande de 57 ans en 2012. Au-delà de ces considérations générationnelles, les spéculations vont bon train sur le vide que ce Président désormais mal-aimé laissera malgré tout, sur la montée des extrêmes et sur un casting pour 2027 qui ne convainc toujours pas vraiment à dix mois du premier tour du scrutin. C’est ce que semble indiquer en tout cas la vague de juin livrée par l’IFOP cette semaine* : opposés l’un à l’autre, Édouard Philippe et Gabriel Attal attirent à peine 22 % des électeurs de premier tour ; respectivement 19 % et 14 % quand l’un ou l’autre se retire. Le RN caracole entre 34 % et 37 % en fonction des hypothèses.

Que le Président ou son entourage à l’Élysée se livre ou pas au jeu des confidences sur l’avenir avec la presse n’a au fond pas beaucoup d’importance. Tous les anciens Présidents de la République de la Ve République en situation de se représenter – Valéry Giscard d’Estaing (qui quitta l’Élysée à 55 ans en 1981), Nicolas Sarkozy, François Hollande – ont été tentés de revenir sur le devant de la scène et ont même cherché activement à le faire. En vain. Cause ou conséquence, aucun de ceux-là ne figure parmi les présidents préférés des Français, dont la liste est établie plus ou moins régulièrement, comme en 2021 : le général de Gaulle arrive en tête (46 % des personnes interrogées le citent dans cette position), Jacques Chirac (42 %) puis François Mitterrand (30 %)**.

Dans cette même enquête, Nicolas Sarkozy était à 23 %, Emmanuel Macon et Valéry Giscard d’Estaing à 15 %, François Hollande et Georges Pompidou à 14 %, sans doute faut-il y voir pour ce dernier moins le jugement des Français qu’une certaine forme d’effacement mémoriel. Ces chiffres doivent être considérés avec beaucoup de prudence… mais ils fixent malgré tout une ligne de partage entre les trois premiers – tous réélus – et les suivants, dont le souvenir est plus contrasté. Au milieu de ce tableau, Emmanuel Macron fait exception, mais on a compris que, par complexion, il viserait désormais le col hors catégorie d’une troisième élection !

 

Impopularité record

 

Cette ambition paraît hors-sol. La période de difficultés économiques dans laquelle nous rentrons – et que confirment la macroéconomie comme de trop nombreux échanges avec des dirigeants de PME, d’ETI comme de grands groupes – et le sentiment général d’impréparation et d’impuissance de l’État ces dernières semaines ne vont sans doute pas améliorer la perception des Français sur l’action d’Emmanuel Macron. Le divorce entre les Français et leur actuel Président semble consommé : celui qui connut un taux de satisfaction de 64 % après son élection en juin 2017 est tombé à 16 % au moment de la dernière discussion budgétaire (automne 2025). Il est actuellement remonté à 21 %, ce qui reste très faible.

La glissade de François Hollande, qui semble y croire également, fut du même ordre : de 61 à 13 %. Dix ans après, les sondages du moment le donnent autour de 8 %, même si la campagne n’a pas commencé… Nicolas Sarkozy, même aux pires moments, n’a jamais connu de tels décrochages (29 % à son étiage en mai 2011)***. Il n’en reste pas moins qu’il échoua à s’imposer dans la primaire de la droite et du centre organisée en novembre 2016 et remportée par François Fillon. Il a d’ailleurs fini troisième, derrière Alain Juppé.

Le général de Gaulle n’était jamais descendu en deçà de 42 % (à l’occasion de la grève des mineurs en 1963) et Jacques Chirac de 27 % (après l’échec du référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe de 2005). François Mitterrand a longtemps détenu le record d’impopularité pour un Président de la Cinquième République, mais loin devant Emmanuel Macron et François Hollande aujourd'hui.

Un espoir pour l’actuel locataire de l’Élysée ? Leur cohabitation a permis à François Mitterrand et à Jacques Chirac de connaître des périodes de retour en grâce : 61 % de satisfaits pour le premier en novembre 1986 ; et 64 % pour le second aux deux tiers de sa cohabitation avec Lionel Jospin. Néanmoins, ses deux prédécesseurs avaient avaient dû se résigner à partager leur pouvoir…

 

laurent@fnxlb.org

 

* IFOP FIDUCIAL Vague 3 juin 2026 Baromètre de l’élection présidentielle (22 au 24 juin)

** IFOP, 40 ans après Les Français et François Mitterrand (9 mai 2021)

*** Toutes ces données sont tirées des enquêtes de satisfaction de l’IFOP.

 

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